10/9/2007

[ L'Internet contemporain, ma définition en 6 points ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:22

J’ai recemment refondu mes introductions de séminaires et conférences. Là où j’expliquais pour amener les usages actuels qu’Internet avait modifié le rapport au temps, à l’espace, les modes d’indexation et d’archivage et le rapport à l’information, j’entre maintenant dans le vif du sujet.

En clair : plutôt que “qu’est-ce qu’Internet a changé ?“, “Internet, c’est quoi ?“…

Voici donc ma définition d’Internet en 6 points, chacun relié à une thématique 2.0, sur laquelle on peut ensuite bâtir une explication ou une illustration.

Internet est un média…

- de flux : modification du rapport au temps, primat de l’immédiateté. Le rythme périodique n’est plus adapté.

- hypertexte : le lien est une composante essentielle des contenus éditoriaux, qui leur permet d’exister sur le réseau. Il façonne la culture du fragment

- structuré : les articles ne se lisent plus sur des pages, mais dans des flux RSS. Le XML a sublimé le web (champ sémantique de la chimie : sublimer = directement de l’état solide à l’état gazeux).

- indexé par ses utilisateurs : les rédacteurs, en choisissant les bons mots-clés, mais aussi les lecteurs, en taguant les contenus, permettent de baliser les contenus.

- Multi-média : les internautes ne se contentent plus de texte, ils veulent de l’image et de la vidéo (Dailymotion, Youtube, etc.)

- social : Internet permet de connecter des hommes et pas uniquement des contenus (succès de Facebook, Myspace, etc.). Internet est un média humain, dont les contenus s’organisent autour d’individus, et non uniquement de nomenclatures.

6 commentaires »

  1. “Le rythme périodique n’est plus adapté.”

    Joël, tu peux développer ? A quoi se réfère ta période, exactement ?

    J-M

    Commentaire par Jean-Marie Le Ray — 11/9/2007 @ 5:15

  2. [...] #3 - Il y a un espace pour l’information populaire de qualité. France Soir est mort il y a si longtemps que je ne l’ai pas connu. 20minutes.fr est sur Internet un des meilleurs représentants du genre, mais plus dense. Par contre, LePost est allé encore un peu plus loin sur l’ouverture à l’audience. Qu’est-ce que l’information populaire ? Disons qu’elle s’appuie plus que les autres sur la dimension sociale de l’Internet contemporain. [...]

    Ping par [Cup Of Tea] Blog » [ Lepost.fr : pourquoi j’y crois ] — 11/9/2007 @ 6:30

  3. petit oubli : le flux certes, mais qui devient stock (cf. twitter, Facebook, blogs, etc…)

    Commentaire par TVnomics — 11/9/2007 @ 10:54

  4. Une (longue) réponse personnelle à votre tentative louable de définition…

    Un média…

    … de flux : pas vraiment d’accord, voire vraiment pas d’accord. Contrairement à d’autres médias qui sont soit de flux, soit de stock (la radio en flux, le livre en stock, même si les best-sellers deviennent une forme de livre en flux, à l’existence éphémère…), internet parvient à être les deux en même temps, et ça change beaucoup de choses… Internet est un média de flux pour celui qui l’aborde par les flux RSS, mais il est indéniablement un média de stock pour qui l’aborde à travers une moteur de recherche comme Google.

    Le meilleur exemple de cette “dualité” est le phénomène du podcast des émissions de radio et télé sur les sites web des chaînes : elles parviennent par internet à dépasser leur caractère exclusivement de flux pour devenir fournisseur de stock. L’exemple ultime est arte-radio, une radio qui n’a même pas de flux et qui est devenue une radio exclusivement de stock grâce à internet !

    Une définition plus appropriée me semblerait de dire qu’internet est un média où le flux s’agrège instantanément au stock, le flux nourrit en permanence un stock qui ne cesse de croître.

    … hypertexte : en effet. On ne peut quand même pas tout contester ;-) Quoique…

    Ce qu’internet apporte n’est pas l’hypertexte en lui-même, que l’on connaît bien depuis fort longtemps dans le monde de l’édition universitaire ! L’appareillage de notes, d’index et de bibliographie, dont sont équipés les publications universitaires, forme depuis longtemps un vaste réseau, en toile d’araignée, qui relie une multitude d’ouvrages qui se répondent les uns aux autres. La nouveauté d’internet est que cette toile d’araignée est accessible instantanément, alors qu’auparavant il fallait s’installer dans une bibliothèque et s’armer de patience pour accéder aux “liens” cités en référence dans le livre que l’on était en train de lire…

    … structuré : même remarque que précédemment. La littérature universitaire est depuis fort longtemps déjà très “structurée” (titre, résumé, texte, notes, index, bibliographie, tables, et une composition imposée par les “formes académiques”…).
    La presse écrite, de son côté, pratique depuis toujours un texte encore plus structuré (”Une”, sommaire, sur-titre, titre, sous-titre, chapô ou accroche - voire résumé-, texte, intertitre, signatures, notes, et toutes sortes de “hors texte” : encadré, appui, annexe, etc.). Internet (qui est tout de même à la base un projet forgé par… des universitaires ;-), ne fait qu’accentuer encore le formalisme de la structuration du texte.
    On peut d’ailleurs s’interroger sur ce mouvement de retour vers une séparation fondamentale du fond et de la forme (puissamment portée par l’exigence d’accessibilité, et permise par le développement des technologies XML et CSS), alors que la recherche contemporaine en philosophie, linguistique, sémiologie, sciences de la communication, etc., tend assurément, bien au contraire, à démontrer que le fond est inséparable de la forme ! (”le medium est le message” selon McLuhan ; “La société du spectacle” de Debord…)

    … indexé par ses utilisateurs : encore une fois, est-ce cet aspect qui est nouveaux, et propre à internet, ou bien son caractère instantané et massif ? Internet propose des procédures d’indexation par les utilisateurs indéniablement plus efficaces et rapides dans un contexte absolument massif, mais internet n’invente pas l’indexation par les utilisateurs. Les procédures antérieures étaient plus lentes, vraiment plus lentes ;-), mais elles aboutissaient au même résultat. Le premier “effet viral”, c’est le bouche à oreille ! On a changé d’échelle et de vitesse, c’est tout…

    … Multi-média : j’aimerai bien être d’accord avec vous, mais je trouve bien peu de “multi-média” sur internet aujourd’hui. C’est en effet une énorme potentialité d’internet de permettre réellement, et quasiment pour la première fois, une expression réellement multi-média. Elle est pourtant fort peu utilisée ! Je vois beaucoup de “pluri-média” : une pluralité de médias diffusés simultanément (de l’image fixe et animée, du son, du texte), mais sur des canaux parallèles, qui ne se croisent pas (Daylimotion ne fait “que” de la vidéo ; Wikipédia ne fait à 99% “que” du texte).
    Je vois fort peu d’expressions nouvelles qui parviennent à exprimer le même message de manière structurée en utilisant simultanément plusieurs médias. Quelques tentatives existent, mais elles restent expérimentales pour le moment. Le potentiel me semble réellement énorme, mais il n’est pas exploité pour le moment de manière convaincante. Tout reste à inventer en ce domaine…

    … social : je reconnais qu’il se passe quelque chose de nouveau (et d’inattendu ?) autour de cet aspect “réseaux sociaux”, mais je continue à m’interroger sur ce que ça apporte vraiment, et, si ça apporte quelque chose, où se trouve réellement le gain obtenu…
    La puissance du média internet est-elle dans sa capacité à former, quasi instantanément, des communautés de dimension considérable telles que Second Life, Twitter, Facebook, dont les membres se comptes en dizaines de millions en quelques mois ? Ou bien dans sa capacité à structurer des réseaux de dimension bien plus modeste et d’existence bien plus discrète, qui ne pouvaient s’organiser auparavant de manière aussi efficace ?
    Je pense, par exemple, à la puissance d’internet pour maintenir le lien entre les membres de familles dispersées, à revigorer l’existence de communautés dispersées (les diasporas), et de permettre la constitution de communautés dont les membres sont trop dispersés pour pouvoir s’agréger autrement (cela comprend, bien entendu, la formation de réseaux aux buts antisociaux, tels que les pédophiles, les terroristes et les néo-nazzis !).
    Ces “mini-réseaux” (voire les “darknet”) existent et prouvent qu’il trouvent en internet un outil extrêmement efficace. Qu’en est-il des “méga-réseaux” tels que Second Life, Twitter ou Facebook ? Nous disposons de bien peu de recul pour être convaincu que l’utilisateur y trouve son compte et bénéficie d’un “retour sur investissement personnel” à la mesure des risques qu’il prend sur le maîtrise de son identité numérique, sur la préservation de son intimité, le contrôle de son image publique et de ses données personnelles diffusées en ligne…
    Vous comprendrez que je reste extrêmement circonspect sur le “rapport qualité-prix” des “méga-réseaux sociaux”, et que, si je constate l’énorme puissance des “mini-réseaux sociaux”, je suis interpellé par le danger qu’ils représentent quand ils sont utilisés par des groupes anti-sociaux.

    Voilà. Tout ça pour dire que le débat ne fait que s’ouvrir au sujet d’internet. Et j’ai rebondi sur votre invitation à réfléchir sur une définition pour apporter ma contribution ;-).

    Impatient de lire vos réponses à tous ;-)

    Commentaire par narvic — 11/9/2007 @ 10:04

  5. Si je suis globalement d’accord avec cette tentative de définition, je serais plus reservé sur le “structuré” : l’usage de RSS reste quand même confidentiel à l’échelle du web (même s’il a explosé ses dernières années). Et le web se structure comme il se destructure : les phénomènes d’aggrégation, de mashups etc vont plutôt dans le sens d’une destructuration non ?

    Commentaire par Sébastien Billard — 12/9/2007 @ 10:12

  6. [...] Joël Ronez, Cup of Tea, définit Internet en 6 points. J’aime bien la notion de définir un élément aussi vaste qu’Internet par un des utilisations Une fois de plus, bien vu Joël ! [...]

    Ping par Revue de Liens « Content Webmarketing et bien plus … — 17/9/2007 @ 1:05

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