27/6/2007

[ Vincent Régnier, sur le futur Parisien.fr ]

Classé dans : — joel ronez @ 4:43

Avec un style direct et imagé, Vincent Régnier, le directeur des rédactions du Parisien donne son opinion sur les enjeux de la presse en ligne, et les projets du journal sur Internet. Propos librement retranscris, captés à l’occasion des journées CFPJ sur les stratégies éditoriales web / papier.

Le Parisien, c’est quoi ?

C’est un journal pour tous publics, sans parti pris. Qui traque l’info qui n’appartient qu’au Parisien. Pas institutionnel. Et qui pense avant tout à ses lecteurs.

Pourquoi aller vers le web ?

Si on ne change rien, on ne fait qu’augmenter les charges mécaniquement, qui ne peuvent pas être compensées par la diffusion ou la publicité. On est obligé de trouver d’autres débouchés, ainsi que de défendre notre territoire sur lequel nous ne serons pas tout seuls éternellement (on annonce régulièrement l’arrivée du Bild à la française en ce moment…).

Nous avons donc des objectifs énormes en termes de visiteurs. Pour les objectifs financiers, les résultats des deux prochaines années vont subir les effets des investissements que nous allons effectuer.

Le nerf de la guerre

On est toujours plus libres dans les entreprises qui gagent de l’argent, que celles qui n’en gagent pas. Je n’adhère pas à la vision romantique des grands projets éditoriaux non rentables.

Les grands défis à relever pour aller vers la presse en ligne :

- faire un produit de qualité
- à périmètre financier et humains constant
- rentable

Le levier de changement : les hommes.

Pour qu’un projet d’entreprise existe : il doit être porté par l’ensemble de la direction de l’entreprise. Et il ne faut pas donner les clés à un journaliste (les hôpitaux ne sont pas dirigés par des médecins, NDA), qui eux doivent bien sur contrôler les aspects éditoriaux. Il faut avoir l’humilité de dire que les gens qui doivent porter les projets, il faut les gens qui ont des compétences business.

La technique n’est en rien un ennemi. La technique ça suit. Il y a des hommes de l’art qui doivent s’y mettre, contrôlé par les journalistes (éviter la fracture comme dans l’audio-visuel real / production / rédaction).

Ce qui fera la différence, ce sont les hommes et les femmes. Le développement d’Internet, c’est une formidable opportunité pour conserver nos emplois. C’est une chance inouïe pour les salariés de presse, radio, etc.
Se remettre en question tous les jours

Sus au corporatisme ! On sera balayés par les jeunes générations, car ils sont plus à l’aise avec l’environnement technologique. Les anciens doivent y aller aussi. Et puis, la technique est d’une simplicité déconcertante : on fait bien des films 8m avec la belle mère, alors pourquoi on ne pourrait pas filmer un incendie porte de Clignancourt ?.

La polyvalence, préalable au changement

La barrière du corporatisme doit céder. La polyvalence est un atout pour le journaliste. Paradoxalement, plus les journalistes seront polyvalents, plus ils vont se spécialiser.

Ce qui ne changera jamais : la pertinence du journaliste : le reste c’est de la technique, ça suit.

On pourrait dire que la polyvalence est le « fond de sauce » qui permet à chacun de se spécialiser derrière.

Evolution professionnelle

Si les directeurs de rédaction ne poussent pas les collaborateurs a aller dans ce sens là, c’est les collaborateurs qui leur reprocheront un jour. La polyvalence, ça permet aussi de retrouver du travail, d’évoluer professionnellement.

Le passage au web est une opportunité d’évolution en interne. Par exemple changer de thème, de service, d’affectation, de spécialité. Au Parisien, j’ai posé la question de savoir qui voulait évoluer : 145 personnes sur 350 se sont manifestées dont au moins 50 pour le web. Il faut maintenant accompagner le mouvement.

Une des conditions pour que ce changement soit réellement efficace :que l’ensemble du management soit d’accord, unis sur les objectifs et les moyens.

L’organisation

Le parti que nous avons pris : transformer la rédaction en rédaction plurimédia. C’et à dire que tous les journalistes sont potentiellement tous contributeurs, c’est à dire 350 à 380 journalistes.

Nous négocions avec les syndicats (notamment pour le droits d’auteur), et nous nous sommes fixés la fin de l’année comme date butoir. On a 12 personnes dédiées, mais à terme, tout le monde est concerné.

Nous avons créé une rédaction en chef centrale opérationnelle multi-supports. Pour avoir un contrôle opérationnel de l’ensemble de nos titres. Elle est dirigées par les journalistes.

Il doit y a voir du journalisme partout. Par exemple dans le secrétariat de rédaction. Ils ont vocation à rejoindre les services. On redéploie, mais on ne touche pas l’emploi. D’où l’importance des formations, etc.

La correction : on a encore des correcteurs, mais il n’y en aura a priori pas sur le site. C’est un risque qu’on assume. Les contenus seront relus (par les redac chef et redac chef adjoint), mais pas corrigé.

En terme technique, on change Datox, mais nous n’avons pas tranché encore la nouvelle solution.

Le modèle

On a beaucoup de retard, on a donc benchmarké. Le modèle sur lequel on va s’appuyer est celui du Guardian en Angleterre : une seule et même rédaction. On doit y aller, mais il faut d’abord négocier, il faut convaincre, plus être tous d’accord au niveau de la direction.
Il faut qu’on rattrape le retard, notamment aggravé avec la version payant qui a tari l’audience. Nous devons enrichir et protéger notre territoire.

3 points forts pour la nouvelle version en ligne

1 – L’information, avec les trois points forts du Parisien

- la politique - les faits divers - les sports

Nous allons tirer profit de la différence de format : version longue sur le web, courte dans le papier.

Sur le web, plus ludique : des jeux, des questions, etc. Plus de visuels, et plus de services.

Sur le web, on ne met pas en scène l’information de la même manière. Il y aura un desk à l’anglo-saxonne. On va repackager. Revoir le rapport texte/photo/infogr. Pour l’instant

2- le service

Nous avons vocation à être un vrai portail de services, de proximité (pharmacie de garde, etc.)

3 – La communauté

Exemple : découvrir des nouveaux talents, comme Radio Nova l’a fait pour de nombreux humoristes.

L’avenir passe par la vidéo.

On va former tout le monde à la caméra. Le web est une manière habile pour une groupe comme le Parisien de rentrer dans la télévision. Nous allons monter un studio télé à terme au parisien, avec 3 fois par jours, un journal télé sur le web (d’ici la fin de l’année).

Comment transcrire la proximité.

Au départ, nous allons travailler département par département. Mais on ne peut pas faire tout tout seul : nous allons donc développer les liens avec les associations, on va faire du communautaire. On est en recherche active de partenariats. Nous avons déjà des partenariats avec l’INA, etc.

Tout gratuit ?

Oui. La bataille du payant en ligne est perdue, les gens de veulent pas payer pour l’information. Resteront payants uniquement certains pronostics hippiques etc.. Mais sinon, le gratuit a gagné. Archives : payante la première semaine, gratuite après ( ? , note du blogueur).

7 commentaires »

  1. [...] juin 28th, 2007 Lu sur Cup of Tea, la retranscription à la volée des propos de Vincent Régnier, directeur des rédactions du Parisien à l’occasion des journées CFPJ sur les stratégies éditoriales web/papier (où je suis moi-même intervenu sur la relation presse en  ligne-moteur de recherche). L’occasion d’en savoir plus sur la stratégie internet du Parisien qui abandonne sans regret le payant et compte rattraper son déficit d’audience par le tout gratuit. “Nous devons enrichir et protéger notre territoire” déclare-t-il. Choix qui confirme la difficulté de soutenir le modèle payant lorsqu’un media repose sur un traitement généraliste de l’information. [...]

    Ping par LeParisien.fr: “la bataille du payant en ligne est perdue” « ecosphere — 28/6/2007 @ 10:23

  2. Le projet à l’air intéressant, on a hâte de le voir à l’oeuvre.

    Commentaire par Hubert Guillaud — 29/6/2007 @ 9:46

  3. [...] Le Parisien va revenir à un modèle gratuit, abandonnant l’abonnement payant qu’il avait mis en place il y a plus de deux ans. Le blog Cup of Tea a eu la bonne idée de noter les propos du directeur des rédactions du journal, où ce dernier explique sa position vis à vis de la cohabitation papier/web. Vincent Régnier n’hésite pas à dire que la bataille de l’info payante en ligne a été perdue : le public ne veut pas payer pour de la presse dématérialisée. Pas encore de commentaire [...]

    Ping par Demateriel » Presse en ligne : Le Parisien repasse au gratuit — 2/7/2007 @ 6:22

  4. Salut Joel, super interessant. merci pour ce post, amicalement

    Commentaire par franck perrier — 3/7/2007 @ 3:46

  5. [...] Lu sur Cup of Tea, la retranscription à la volée des propos de Vincent Régnier, directeur des rédactions du Parisien à l’occasion des journées CFPJ sur les stratégies éditoriales web/papier. L’occasion d’en savoir plus sur la stratégie internet du Parisien qui abandonne sans regret le payant et compte rattraper son déficit d’audience par le tout gratuit. “Nous devons enrichir et protéger notre territoire” déclare-t-il. Choix qui confirme la difficulté de soutenir le modèle payant lorsqu’un media repose sur un traitement généraliste de l’information. [...]

    Ping par Vu d’ici bas» Blog Archive » LeParisien.fr: “la bataille du payant en ligne est perdue” — 30/7/2007 @ 3:03

  6. [passage modéré par le blogmestre - pas d'attaques personnelles envers des tiers, merci :) ]

    “La polyvalence est un atout pour le journaliste. Paradoxalement, plus les journalistes seront polyvalents, plus ils vont se spécialiser. Ce qui ne changera jamais : la pertinence du journaliste : le reste c’est de la technique, ça suit.”

    Quelle triste rigolade… Quiconque pratique ce métier dans les conditions réelles du news quotidien sait que l’on ne développe pas la même qualité de concentration, ou de pertinence de l’interview, quand il faut tout à la fois vérifier la valeur du cadre, la qualité du son, la bonne position de la bulle, s’assurer de la bonne valeur du diaph et du point… On n’est pas non plus dans la même position de sérénité et de d’égalité de regard, de position, avec ceux que l’on vient interviewer , en particulier les politiques.
    En fait, la “vision” de Régnier n’est rien d’autre que l’application sur la chair journalistique des messages marketing des grandes marques d’équipements. Leurs avancées technologiques ont doivent convaincre les responsables “achats” et les directeurs financiers des groupes de presse que oui, bien sur, on peut désormais tout faire tout seul… Il va sans dire que sans aucune connaissance de la réalité du métier, ces responsables ne demandent qu’à être conquis.. Tout cela aboutit à une prolétarisation intellectuelle du journaliste, qui ne devient plus qu’un instrument à enregistrer les discours et les stratégies de com de tous les intervenants de l’actu. Je suis présent à la conf de presse, je fais tourner ma caméra, je pose une question simple et pas embêtante, et je dis merci à Monsieur Poutine à la fin.

    Commentaire par Marc — 17/1/2009 @ 11:34

  7. Bonjour messieurs les journalistes politiques. Y-aura-t-il un journaliste assez courageux pour écrire un article sur le patron des patrons trés moralisateur, qui se permet de donner une leçon de morale (justifiée )alors que lui s’est octroyé une augmentation de 175% sans demander l’avis de ses actionnaires ( le peuple)alors que son entreprise est au plus mal avec un déficit record!!!! Allez vous laisser passer ça? Mais vous n’etes-vous déjà plus, peut-etre libre de cette liberté de pensée qu’il a vendue l’autre soir dans son spectacle à 2 sous, entouré de sa coure, mobilisé pour les besoins de la cause.Cette fois-ci on ne mutera pas le Préfet et le commissaire.Tout a été parfait à St Quentin cars de CRS magasins fermés , circulez y a rien à voir, rester enfermé chez vous, bref nous arrivons aux prémices de la dictature. Et vous ne dites rien!!! allons un peu de courage messiers JC Collin

    Commentaire par collin — 26/3/2009 @ 9:06

Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Powered by WordPress