[ Libération, le salut par l'hypertexte ? ]
La grande nouvelle du moment du coté de Libé, ce n’est pas la création de la société des lecteurs. Faisant déjà partie de celle des acheteurs, je considère que je fais ma part d’engagement.
Ce n’est pas non plus le lancement du supplément Ecrans en version 100% web. J’ai fait partie des eberlués au printemps dernier quand j’ai appris qu’en pleine débâcle financière, ils lançaient un supplément en papier. Coût de la blague : 1 million d’euros, sur 6 millions de pertes au premier semestre 2006. Imaginons un instant ce qu’on aurait pu bâtir comme site web avec ce montant là, désormais dilapidé ?
Car au final, c’est Jeff qui a le discours le plus clairvoyant (et aussi je crains, le plus utopiste) : pourquoi Libé s’emmerde t’il encore avec du papier ? Il ya tellement de formats à inventer, avec les RSS, les téléchargements mis à jour en continu, les gratuits ciblés, les contenus multimedia, l’interactivité… Au lieu de ça, on parle de réduire les points de vente et la pagination, on va fatalement augmenter le prix, donc baisser en diffusion, donc en recettes publicitaires. La spirale de la loose.
Mais il y a de l’espoir. Certes, il y a beaucoup à redire sur Ecrans.fr. Une architecture d’information illisible, des flux RSS tronqués, ou un rubriquage obsolète décalqué de la formule papier (Internet, Télévision, Cinéma, DVD, Jeux, Téléphone : cette segmentation est objectivement totalement ridicule).
Mais je n’ai pas envie d’avoir la dent trop dure avec Libé. Tout d’abord parce-que je saisis tout le pathétique qu’il y a dans ce râle affectif de vieux lecteur pénible qui passe son temps à dénoncer l’âge d’or perdu. Qu’on soit clair : je n’ai pas connu le premier Libé, soit disant historique, car j’étais trop jeune, et tant mieux, le romantisme marxiste m’aurait vraisemblablement gonflé. Mais j’ai découvert la presse avec Libé, au tout début des années 80, et j’ai toujours adhéré depuis. J’ai même depuis cette époque collectionné (et déménagé successivement) tous les numéros achetés, qui occupe aujourd’hui plus de 10m² dans ma cave, pour une raison qui m’échappe encore.
Donc, dis-je, je ne dirais pas de mal de Libération aujourd’hui, car j’ai remarqué recemment que c’est chez eux que se brise enfin le tabou absolu pour la presse en ligne. C’est sur leurs pages qu’on a pu découvrir avec stupeur et bonheur l’attribut suprème qui existe partout ailleurs sur le web mais pas dans la presse française : le lien hypertexte.
Lisez les articles, oui, oui, vous ne rêvez pas : Libération utilise dorénavant le lien hypertexte DANS LE CORPS des articles. Et allez lire Le Monde.fr, Le Figaro.fr ou nimporte qui d’autre, vous pourrez vous brosser. Les pages sont muettes comme des missels en latin, c’est d’un morbide étoudrissant.
Cela n’a l’air de rien, c’est largement trop tard, mais je trouve que c’est bon signe quand même qu’ils se remettent dans le sens de la marche, via ce petit attribut essentiel du media web…
3 commentaires »
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J’ai mis du temps à le comprendre mais en fait si la majorité des articles de la presse quotidienne en ligne ne contiennent pas de liens c’est surtout parce que leur publication est automatisée par extraction de l’édition papier. Il n’y a donc pas d’intervention sur le contenu et vu les volumes ce serait en effet difficile.
Je pense que la seule solution valable à terme c’est de produire d’abord pour lédition électronique et ensuite de reprendre les articles pour le papier. D’autres choix seraient certes envisageables mais conduiraient à compliquer toujours plus le processus de fabrication. Encore une bonne raison de trancher …
Commentaire par Emmanuel — 23/9/2006 @ 3:21
[...] Karl, ancien rouage de la ” médiacratie “, se convertit aux méthodes alternatives pour lutter contre “le politiquement correct” et souhaite “faire souffler un vent de liberté”. On pourra trouver ce projet et sa présentation un peu démago. Mais il traduit une demande. Troisième fait, la crise de Libération et la publication d’un billet “A nos lecteurs” qui laisse craindre une fin proche. En parlant avec Joël des évolutions du journal (au Press café, on ne l’a pas fait exprès), nous nous demandons pourquoi Libé n’abandonnerait pas le papier comme le suggère Jeff Mignon ? Pas facile les mutations stratégiques dans une entreprise… Dernier élément, l’appel lancé cette semaine par le Monde pour obtenir des témoignages sur la situation après le coup d’Etat en Thaïlande. Les internautes pourront sourire face à cet hommage du vice à la vertu : le grand Monde obligé d’en passer par les journalistes citoyens pour informer ! Mais c’est un signe. Mais on peut se demander aussi où réside la valeur ajoutée du quotidien dans l’information. [...]
Ping par Adverbe.com - Ecrire pour le Web, rédiger pour le Web, rédaction » Blog Archive » Internet libère la presse et permet d’échapper au conformisme — 24/9/2006 @ 12:06
Un exemple à suivre! La presse est en pleine mutation. Dans notre centre de formation à IMFA, nous recevons de nombreuses demandes de rédactions pour accompagner les équipes de journalistes dans cette mutation. Quitte à penser dès le recueil d’info à sa diffusion sur le net.
Commentaire par dan — 11/10/2006 @ 4:28