5/9/2006

[ La politique du pire ]

Classé dans : — joel ronez @ 10:31

Comment se faire des amis en parlant d’un sujet non constructif, mais des fois je peux pas me retenir.

Ce week-end, des blogueurs émérites ont été invités à assister à une université d’été d’un grand parti politique de droite. Je n’ai rien à dire sur le fond, pour ainsi dire j’aurais plutôt tendance à m’en foutre. A part Loïc, que j’apprécie et qui est plutôt clair dans ses engagements, je ne lis jamais la plupart des autres invités.

Ce que je trouve navrant, c’est l’ébahissement crasse de certains d’entre eux. “J’ai hâte de voir comment ça se passe à gauche“, dit en substance un Thomas Clément tout en synthèse de publicitaire, comme si l’idée de faire un choix lui paraissait obscéne.

Tels des touristes visitant Rome en 2 demi-journées et se sentant pousser des ailes pour parler d’Antiquité dans les diners en ville, les plumes carnetières ont été invités tous frais payés à flâner dans les allées, et donner leurs impressions. Participant sans l’assumer à une opération de relations publiques, ils parlent avec ravissements des détails logistiques (“putain, c’est bien organisé, chapeau!”) ou rhétoriques (“des formules qui font mouches”) sans se rendre compte que leur absence de parti pris rémunéré les rend complices d’un non sens.

En lisant certains billets déprimants de naïveté, je me rend compte que l’apolitisation globale (c’est à dire souvent le triomphe des idées conformistes) n’est pas reservé aux jeunes sans repères, mais aussi à des cadres dirigeants disposant du pouvoir de communiquer.

Ce pathétique manque d’esprit critique, que certains convives ont la prétention de prendre pour de l’objectivité, est un symptôme purulent de notre misère politique. Nous avons le débat que nous méritons, celui des mots markétés, des formules qui font mouche, des stratégies virales, et des ambianceurs.

Nous assistons sans broncher au mélange des genres. Celui où être journaliste serait un tort cardinal de l’ancien monde, et où l’absence d’engagement est vu comme une vertu.

Je n’ai vraiment pas hâte d’être au mois de mai 2007.

16 commentaires »

  1. Merci pour ce billet qui remet un peu les choses à leur place. Encore 250 jours de campagne éléctorale, de formules assassines, de sondages, de communication politique, et de vacuité totale. Je croyais naïvement que le web permettrait un débat plus approfondi, mais l’heure a sonné pour les stratégies de communication politique “2.0.” bien huilées. Méfiance, donc…

    Commentaire par cédric — 5/9/2006 @ 12:21

  2. Il y a surement des débats plus approfondis quelque part, mais il va falloir prendre des chemins de traverse pour les trouver.

    Commentaire par Hubert — 5/9/2006 @ 1:35

  3. Il ne manquait plus que toi dans cette meute de donneurs de leçons grotesques et prétentieux ! Expliquez-nous, Monseigneur, comment vous auriez traité la chose … Plutôt que de critiquer, dites nous ce qu’il aurait fallu faire…

    Je t’écoute !

    Commentaire par Christophe Ginisty — 5/9/2006 @ 1:52

  4. Christophe > OK pour me compter dans la meute, mais si tu t’inclus dedans.

    Je n’aurais pas traité la chose pour la bonne et simple raison que je ne risquais ni d’être invité, ni d’accepter dans le cas fort peu probable où l’on m’eut invité.

    J’aurais peut-être couvert un autre parti (on a les idées qu’on a, désolé), et dans le cas d’une invitation individuelle es-qualité. Bloguer n’en est pas une à mon avis.

    Si tu m’a bien lu, je ne reproche pas le fait que vous y soyez allé. Je reproche juste le manque de convictions, de morale et d’engagement des commentateurs.

    En un mot, le vide désolant et sidéral de leur opinions. La politique, c’est une histoire d’enjeux. Pas de couleur de moquette.

    La politique n’est pas un passe-temps de pique-assiette. Mon opinion est qu’on s’y engage, on n’y fait pas les touristes.

    Commentaire par joel ronez — 5/9/2006 @ 2:02

  5. Reprocher le manque de morale, c’est énorme pour un démocrate… mais tu en es un au fait ?

    “dans le cas d’une invitation individuelle es-qualité” : Parce que tu crois que le fait d’être blogueur te fais perdre ta qualité de citoyen ? On ouvre un blog, du coup on perdrait ses droits civiques ? Comme en Chine ?

    Du grand n’importe quoi.

    Commentaire par Christophe Ginisty — 5/9/2006 @ 2:13

  6. Christophe > Je veux bien que tu sois vexé, mais je te prie de lire ce qui est écrit avant de répondre (à coté). Merci.

    Commentaire par joel ronez — 5/9/2006 @ 2:25

  7. je ne peux pas mieux faire : j’ai repris tes phrases entre “quotes”

    Commentaire par Christophe Ginisty — 5/9/2006 @ 2:37

  8. “Je reproche juste le manque de convictions, de morale et d’engagement des commentateurs.”
    C’est en partie dû, à mon avis, au fait que l’UMP (pas con) a invité les blogueurs en fonction de leur audience au lieu d’inviter les blogueurs politiques, qui auraient certainement été plus pertinents (mais moins lus…).

    Commentaire par Mirko — 5/9/2006 @ 3:40

  9. Tout à fait d’accord avec le jugement de Joël sur le discours qui se veut apolitique. Notons que c’est un thème récurrent à droite, qui serait évidemment l’idéologie du bon sens, face à la gauche, composée, c’est bien connu, de doux rêveurs. Je ne suis pas certain en revanche que ce discours soit spécialement lié aux blogs. Certes, ceux-ci lui donnent un écho inédit. Il est vrai que, lorsque l’on est “simple” citoyen, c’est-à-dire non protégé par un journal, un rédacteur en chef et un directeur de publication comme le sont les journalistes, il n’est pas forcément évident de brandir ses opinions de manière claire et tranchée. Surtout quand on a par ailleurs des choses à vendre… Une pierre à mettre dans le jardin du journalisme-citoyen!

    Commentaire par Jean-Do — 5/9/2006 @ 4:42

  10. Juste pour signaler qu’il existe des vrais outils (sites) permettant, sinon de contribuer au débat, à tout le moins de se forger une opinion en mesurant la part faîte à chaque candidat et la manière dont il est traité dans les différents journaux (professionnels), toutes tendances confondues. Je crois que c’est davantage du côté de ce genre d’outils “indépendants” et “factuels” sinon objectifs, que peut émerger une nouvelle forme de “prise d’opinion”.
    Laquelle prise d’opinion aura pour premier avantage de nous permettre de juger avec (encore) plus de distance de l’éternelle panoplie des sondages si patiemment égrennés par quelques maîtres es Sofres lors des soirées électorales. Donnons aux citoyens des outils de mesures fiables et objectifs (et simples) reposant sur des corpus d’articles de presse et non sur les états d’âme de tel ou tel “panel” (et je ne parle même pas des états d’âme de tel ou tel bloggueur) qui a force de vouloir représenter tout le monde ne représente plus personne.
    Ah oui au fait les fameux outils dont je parle sont accessibles à ces adresses :
    http://www.observatoire-presidentielle.fr/index.php?pageid=2
    http://www.up.univ-mrs.fr/veronis/Presse2007/index.php

    Commentaire par olivier — 5/9/2006 @ 5:31

  11. Olivier je ne suis pas persuadé que les divers barometres/observatoire aident à se faire une opinion. Même subtils ce ne sont que des buzzomètres qui sont précisément des instruments de communication dont ils mesurent quantitativement l’impact. Le site de Veronis en revanche joue bien son rôle très pratique de revue de presse en continu (même s’il manque Les Echos? ;-) ).

    Quant aux blogs et bien rien n’est perdu mais Joel a bien résumé le problème. Pour cette fois c’est un coup d’épée dans l’eau

    Commentaire par Emmanuel — 5/9/2006 @ 8:41

  12. Daniel Schneidermann traite du même sujet sur son excellent blog. A noter la réponse de Thomas Clément dans les commentaires. M’est avis que le journalisme citoyen assimile très vite les techniques du journalisme old school…

    http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=425

    Commentaire par Jean-Do — 6/9/2006 @ 11:35

  13. Complètement d’accord avec Joël, et désolé pour ceux qui se vexeront, mais cela est dû au choix des invités blogueurs fait par l’UMP. L’UDF a fait le choix de blogueurs politiques, engagés ailleurs qu’à l’UDF systématiquement, moins connus mais bien plus pertinents: on voit la différence dans la qualité des billets.
    D’ailleurs, les compte-rendus de La Rochelle n’étaient pas bien meilleurs que pour l’UMP: on avait invité des partisans, sans distance en général.

    Commentaire par Cratyle — 10/9/2006 @ 3:40

  14. Lemeurisation, éthique, transparence, sarkozysme et autres babioles….

    La nouvelle s’est répandue à la vitesse de l’éclair : Loïc Le Meur va donc voter Sarkozy. Et il fait son coming-out sur son blog. Mais Loïc Le Meur est aussi patron de Typepad France. Ou peut-être même Europe. Je…

    Rétrolien par affordance.info — 16/9/2006 @ 8:32

  15. J’ai décidé de réagir activement aux propos de Loïc Lemeur :
    http://neuromancien.blogspot.com/2006/09/je-vais-voter-grosquick.html#links

    Commentaire par Neuromancien — 17/9/2006 @ 12:15

  16. [...] C’est dire le niveau d’analyse moyen du blogueur journaliste citoyen. De tout ça il en ressort une sorte de mélasse, de bruit, d’anecdotes… rien de bien consistant. Pour un point de vue pertinent et détaillé sur ce non-évènement, je vous invite à lire les billets de Jöel Ronez, la politique du pire, et de Daniel Schneiderman, Le jour où le big bang n’a pas eu lieu à Marseille. [...]

    Ping par Le journalisme citoyen, c’est de la merde — 27/9/2006 @ 7:54

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