28/3/2006

[ Web 2.0, l'approche ergonomique ]

Classé dans : — joel ronez @ 6:15

Je n’arrive pas à écrire “deux-point-zéro”, je trouve ça d’un simplisme fulgurant, et j’ai peur que ce soit ringard dans un quart d’heure… Néanmoins, je l’emploie souvent oralement, et je trouve la notion pratique pour y ranger la tendance actuelle. Voyons ce que j’en comprend, pour voir ce qu’on peut prédire pour demain.

Emmanuel en donne une définition trés potable, je vous la livre :

“Il y a deux façon de comprendre le phénomène Web 2.0: l’aspect communautaire où l’interaction avec l’utilisateur crée de nouveaux contenus et le développement de véritables “services en ligne”, au sens propre, l’aggrégation d’applications à distance qui rendent enfin tangible la notion de bureau virtuel”

Ce qui semble être le point commun avec tous ces services, et une clé de leur succès, c’est la capacité de les utiliser de manière simple et intuitive. En gros, leur valeur d’usage, vieille notion web, qui peut s’interpréter de deux manières : la possibilité d’appréhender et d’utiliser un outil sans formation initiale, et l’utilité des informations ou des services que j’en retire. Pour faire encore plus court : est-ce que j’arrive à utiliser le bousin tout seul, et est-ce qu’il me sert à quelque chose.

Le regretté web 1.0 avait porté trés haut les valeurs exactement contraires. Beaucoup de services non intuitifs avaient été mis en place pour un bénéfice utilisateur quasi-nul (par exemple : je dois trouver 9 gugusses pour acheter en commun une lampe de bureau en faisant baisser son prix de 3 €, mais entre temps ma belle-mère l’a acheté 20 € moins cher chez Auchan). Aprés coup, on a conclu avec bonhommie que finalement, ça n’avait pas marché parce-qu’on avait oublié une composante de base : répondre à un marché existant. Et que ce n’était pas pour rien que le premier site de e-commerce était celui de la SNCF.
Ce qui semble assez nouveau, c’est qu’aujourd’hui, cette clé n’a plus l’air suffisante pour détecter la rentabilité. La distinction entre “viable/répond à un marché” VS “non-viable/marché n’existe pas” n’est plus la seule. Ce qui compte, c’est la capacité à agréger un public qui va créer des usages.

Mais les modèles économiques du web 2.0 sont plus originaux qu’on veut bien le croire. Car pour l’instant, ils ne correspondent pas tous non plus à des besoins qu’on aurait pu identifier préalablement à leur arrivée. Les solutions de blogs, par exemple, ne sont pas vraiment la réponse à un besoin, mais presque la création d’un marché. De même que FlickR ou Dailymotion sont des créations d’usages sur la base d’un constat (les gens disposent de contenu numériques, essayons de voir si on peut en faire quelque chose en simplifiant leur maniement et en apportant un service facile à comprendre et expliquer)
L’innovation, pour beaucoup, a tenu dans les interfaces et l’ergonomie, les logiques de participation et l’ouverture des modèles. Cette combinaison originale est surprenante, car elle contredit l’idée que le pognon est là où les gens ont un besoin identifié.

L’approche portée par le Web 2.0 semble signifier qu’en respectant quelques valeurs fondamentales (ergonomie, simplicité, valeur d’usage, mise en relation, collaboration, partage d’information, syndication, interopérabilité) on peut presque créer des services ex-nihilo sur la base de simples environnements.

C’est là l’erreur qui risque de re-coûter cher. On ne va certes plus forcément évaluer un produit ou un service uniquement sur la capacité qu’il a à occuper un marché, mais aussi à la capacité qu’il détient de créer des usages et des comportements de masse liés à son utilisation. Mais pour ça, les critères sont quand même nombreux, mouvants, et liés à un contexte qui peut se retourner comme un gant car il repose souvent sur la capacité des acteurs à créer du buzz sur leur produit…
Tant et si bien qu’il va est à nouveau bien difficile de faire descendre du cocotier quelques allumés ayant la ferveur des convertis, et qui nous bourrent déjà le mou avec leur nouveau frontal web en Ajax Rich Media XHTML, tiens regarde, tu peux aussi syndiquer ta mère devant chez LIDL, c’est super.

Dans cette mer agitée qui nous attend, et pour éviter les tartuffes qui trépignent, je vais donc essayer de garder en guise de viatique quelques principes à respecter pour évaluer le degré de crédibilité des différents systèmes.

Un des plus simples, malgré tout, reste l’ergonomie. C’est à dire l’adaptation d’un système ou d’u outil à son utilisateur. Loin d’être une condition suffisante, le respect de cette notion est un symptôme d’un état d’esprit, le révélateur d’un savoir-faire et aussi une garantie de création d’une affinité avec un système.

Un commentaire »

  1. Je me réponds à mon commentaire et question dans le post précédent : oui tu vas mieux, ton “tiens regarde, tu peux aussi syndiquer ta mère devant chez LIDL, c’est super.” le prouve.

    Trêve de plaisanterie. Oui, tu as raison, l’ergonomie est une des bases de crédibilité d’un projet web. Mais une des bases de la base est aussi (et tu en parles), que le service repose sur un besoin. Mais la base de la base de la base est aussi que la société qui propose le service soit bien gérée. Qu’elle ne “claque” pas 300 000 000 pour trois ooo dans un nom de domaine…et tout le reste.
    Et ça ce n’est ni de l’économie 2.0 ou de la gestiOOOOOn.com mais du bon sens de père de famille.
    Bon oui je sais mes vieux démons de “je sais mieux gérer une boîte que vous” me reprennent. Désolé.

    Commentaire par Jean François Legat — 29/3/2006 @ 12:05

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