26/9/2005

[ Adapter un doc papier sur le web ]

Classé dans : — joel ronez @ 9:34

"Le web n’est pas le papier" est une des premières maximes que j’ai emprunté à Jean-Marc Hardy en  débutant le métier de formateur (voir son article sur le sujet).

Malheureusement, la chaîne de production de l’information dans les grandes organisations est encore (pour peu de temps) structurée par sa production papier. Bien souvent, le rédacteur web doit mettre en ligne des informations d’abord conçues et mises en forme pour le papier.

Tout ceci pose de nombreux problèmes :

- délais : il n’est pas rare qu’un catalogue saisonnier de produit soit disponible en version brochée deux semaines avant la version en ligne, y compris dans les plus grandes maisons…
- format : quand on est à la bourre, on colle carrément le PDF sous un lien hypertexte. On prend le lecteur en traître, en lui imposant l’énervante ouverture d’Acrobat Reader.
- ton : le langage promotionnel prend souvent le dessus dès qu’on est sur du papier ("face aux enjeux des perspectives d’aujourd’hui...")
- structure : le découpage propre au papier, avec sa structure en table de matières, est caduc dans un espace hypertexte. Il faudrait idéalement procéder à un nouveau rubriquage, mais bien souvent, on passe outre.

Dans la dernière session que j’ai animé, j’ai proposé aux stagiaires de visiter puis commenter 2 tentatives ratées d’adaptations:

> Insee Première, version mise en ligne d’un 4 pages de l’Insee.
> La motion du NPS de Peillon/Montebourg, qui m’a été suggérée par Nicolas (un ancien stagaire lui aussi, et qui tient un trés bon blog).

Dans le cas de l’Insee, il semble qu’on ait atteint le condensé de toutes les erreurs fatales (ils le savent, je leur dit souvent en stage, ils ne m’en tiendront pas rigueur…). Le document cité en exemple est disponible via cette page (voir le numéro 1016, "les français doublent la mise" de mai 2005), sans une ligne de contextualisation. Puis on ouvre un pop-up, dont les concepteurs ont poussé la perversité jusqu’à y prévoir une frame avec une partie nécessitant un scrolling. Toujours pas d’explication, mais un texte qui nous explique que "cet Insee premiere vous est présenté dans une version adapté à l’Internet. Elle facilite la lecture à l’écran et la navigation". Bigre. La première page du document présente une simili-synthèse. Mais après ça se gâte : pour accéder aux parties, il faut actionner soit un menu déroulant, soit un horrible bouton "page suivante" (interdit suprême!).

En fait, l’Insee a inventé le premier support adapté au web qui n’est pas compatible web. La preuve ultime : il n’y a même pas d’URL, c’est un pop-up fermé. Jeudi, je suis à l’Insee, je vais être obligé de leur en reparler…

Concernant le cas de la motion NPS, tout ça est un peu plus complexe…
Ce que nous savons sur l’ergonomie web entre ici en contradiction frontale avec la culture dominante (à mon grand dam, la gauche non-noniste exploite Internet moins bien que mon grand-père qui est nonagénaire - et pas trop de gauche d’ailleurs) et la nature spécifique d’un texte de motion.
Il doit être engagé, mais pas trop : on l’a vu sur la Constitution, on peut facilement isoler un microscopique élément concret pour bousiller une somme de centaines d’articles. Ici, le chapô de la page d’accueil de présentation de la motion ne met d’ailleurs pas en avant des idées mais des gens. Dans un parti balisé, où les repères et clivages sont peu ou prou établis, cela suffit à se repérer.
Il doit convaincre, mais surtout les convaincus. D’ailleurs, ce sont en général les seuls qui vont lire le texte.

A ça, on peut rajouter les obligations statutaires, qui doivent tenir des règles internes au PS, que je ne connais pas, et qui doivent peut-être stipuler des pratiques en terme de diffusion de ce type de document…

Tout cela fait que je ne suis que moyennement surpris du désastre de forme que représente cette mise en ligne.

Au catalogue des erreurs, en vrac : 
- reprise telle quelle du chapitrage avec les repères papier (1ere partie, I, II, etc…)
- navigation en bas de texte (!) sans mise en évidence de la partie dans laquelle on se trouve
- justification du texte, brut, sans découpage de paragraphe
- fausse version imprimable (un javascript qui active fichier>imprimer…)

On peut aisément rajouter :
- absence d’interactivité
- absence de résumé sérieux (la seule synthèse est en PDF et fait 17 pages)
- absence de commentaires
- absence d’actualisation

Nicolas préconise sur son blog :
- la mise en ligne du PDF intégral (ça, c’est fait…)
- une synthèse en HTML des points clés, avec des liens vers d’autres parties du site

C’etait l’option la plus simple, sauf aux yeux du webmestre du NPS. On aurait même pu envisager de garder le découpage initiale, avec des version PDF complètes et séparées de chaque section en plus d’une version intégrale.

Vous avez une autre idée ? Donnez votre avis sur le billet de Nicolas.

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