Nulle autre création humaine que Lotus Domino ne peut illustrer aussi efficacement la notion de spécifications inutiles et de faillite ergonomique. Et faire rire tes amis qui ont Gmail à la place.
La capture ci-dessous a été faite ce vendredi 24 juin 2008, à 1h10. Elle représente le menu déroulant s’affichant sous la commande “répondre”, lors de la lecture d’un mail (qui chez Lotus s’appelle “mémo”, allez comprendre).

Si comme moi tu es plongé dans des abîmes infinis de perplexité à la vue de ces choix pléthoriques, alors tu me rassures. Là où nimporte le plus minable des tâcherons de concepteur aurait avec raison opté pour deux boutons “répondre” et “répondre à tous”, le designer de cette interface homme-machine a voulu prouver que dans le binôme susnommé, force doit rester à la machine, et sans doute qu’il avait de plus grosses couilles que le premier venu.
Il a donc eu cette brillante idée d’encascader des choix d’un usage saugrenu, au cas où quelqu’un aurait l’idée encore plus saugrenue de s’en servir.
Car, même avec 42° de fièvre et une turista affectant notablement la faculté de raisonnement, on ne peut se figurer sérieusement qu’un usager va vraiment éprouver dans sa pratique l’une de ses options (ma préférée restant définitivement la “réponse à l’expéditeur avec historique de type internet“, qui a peut-être quelque fans dans la péninsule du Yucatàn, ça doit être pour ça que je peux pas comprendre).
Il y a également beaucoup à dire également sur les choix graphiques effectués par les équipes de développement de ce logiciel, principalement avant 1987, car selon toute vraisemblance tout travail sérieux a du être stoppé à cette époque.
On résumera ici la Dogma Lotus Domino en matière de design, vous allez voir, c’est assez succinct :
- tous les pictos seront bannis, sauf trois : la corbeille (pour mettre un message à la poubelle), l’imprimante (pour le mettre à la poubelle aussi, non je déconne, c’est pour imprimer), et la flèche rotative (pour relever le courrier, ce que Lotus appelle réellement “mettre à jour la vue actuelle”, c’est plus simple). Ces pictos seront limités à 10 pixels de coté, grand max, c’est à dire plus petits que le pointeur de la souris, et en une seule couleur.
- à la place des pictos, priorité sera donnée aux libellés en mode texte, tous redondants, écrits petits, et utilisant une terminologie exclusive à Lotus. Si possible, les termes utilisés pour désigner des choses seront différents dans la version Webmail (Domino) que dans la version client-serveur (Notes, oui, ça existe aussi) : par exemple dans un cas on parlera de “mémo”, dans l’autre “message”, pour désginer ce que l’humanité appelle “e-mail”.
- le choix des couleurs se résumera à une : le beige pas beau.
- pour ouvrir les “mémos”, le logiciel fera appel à un pop-up immédiatement bloqué par les fonctionnalités de protection contre les fenêtres publicitaires intempestives. Le délai d’ouverture sera réglé sur “très long”, pour laisser gouter à l’utilisateur le frisson de l’attente.
- la saisie semi-automatique (ou auto-complétion) des adresses mails sera prohibée, et toute tentative de constituer un carnet d’adresses (et a fortiori de l’utiliser) sera découragée par des manoeuvres dilatoires (la première étant l’impossibilité de consulter ses contacts en mode distant).
Je vous laisse continuer ce catalogue, en rappelant qu’il n’y a ici que de l’authentique.
[UPDATE 24 juillet, 23h : je viens de pleurer de rire tout seul en lisant quelques unes des 80 raisons pour lesquelles "Lotus Notes Sucks", grâce à Padawan. Ne manquez pas cet extraordinaire "Poorly Designed Icons", ou le "Mail Message Shortcut Menu" ]