En trois tours de clics, 7 raisons de penser que le nouveau titre du monde interactif va dans le bon sens.
#1 - Les gens qui le snobent ne sont pas dans la cible. Ce site n’a pas été conçu pour les blogueurs urbains sur-informés CSP+. C’est un site destiné à ceux qui ne lisent pas, et cela semble avoir réussi à quelques uns. Pour ceux qui n’ont pas vu un vrai jeune depuis longtemps, la preuve en image par ici.
#2 - Pour les natifs (ou presque) du numérique, l’information, n’est pas la même que pour leurs aînés. Arrêtons de penser que la dépêche d’agence est un monolithe intemporel. Le site explore d’autres voies pour informer, et s’appuie sur ses lecteurs plus qu’il ne les expoitent.
#3 - Il y a un espace pour l’information populaire de qualité. France Soir est mort il y a si longtemps que je ne l’ai pas connu. 20minutes.fr est sur Internet un des meilleurs représentants du genre, mais plus dense. Par contre, LePost est allé encore un peu plus loin sur l’ouverture à l’audience. Qu’est-ce que l’information populaire ? Disons qu’elle s’appuie plus que les autres sur la dimension sociale de l’Internet contemporain.
#4 - Ce n’est pas un site de contenus communautaire. C’est un site de presse. Pour moi, Lepost évité l’écueil de deux escroqueries contemporaines : le journalisme citoyen (et pourquoi pas dentiste citoyen tant qu’on y est, ai-je dans un Libé inspiré l’autre jour) et la participation comme moteur d’intérêt unique.
Si vous regardez de près une journée de publication sur Lepost, vous verrez qu’elle est un tant soit peu organisée autour d’une proposition éditoriale produite par des journalistes: Benoît Raphaël, son redac chef, a une carte de presse, on y trouve des dépêches AFP, et des photos d’agences.
Les articles sont effectivement traités avec un angle pédagogique, et traitent sans complexes de préoccupations parfois générationnelles ou conso. Encore une fois, ami lecteur, on te répète que tu n’es pas dans la cible…
La titraille dans un agrégateur,
test de qualité qui ne trompe pas.
Ici, elle se tient assez bien, même sans le contexte.
N’empêche qu’en une journée béta, j’ai lu de nombreuses infos non lues ailleurs. Certes traitées en 600 signes, mais on ne prétend pas faire des décryptages savants non plus.
Mais alors, à quoi sert la participation des lecteurs ? Pour moi, ce n’est pas un site participatif. C’est un site intégrant une dimension participative, nuance. Les pages persos ne sont pas destinées à devenir selon moi des publications comparables à des blogs. Il s’agit d’avantage d’une “page lecteur”, dont les briques sont modifiables, mais qui a vocation à mon avis à rester autour d’une colonne vertébrale alimentée par une rédaction et un noyau dur de lecteurs évolués.
#5 - L’écriture est adaptée au média Internet. L’édition aussi. Par exemple, les articles intègrent des liens hypertextes dedans. Cela n’a l’air de rien, mais allez voir d’autres sites de presse de référence, comptez les liens et revenez ici m’en parler. Les titres sont également plutôt bien troussés. Les “blurbs” (que j’appellent personnellement “accroches”, c’est à dire les sous-titre de la home, également présents dans le flux de syndication) aussi, et audace suprême, intégrent eux aussi des liens (voir ci-dessous).
Les phrases sont concises, mais pas pauvres. la tournure interrogative peut-être un peu sur-exploitée, mais diablement efficace.
#6 - La distribution RSS est bien conçue. On peut récupérer les RSS de ce que l’on veut. Pour mémoire, tout cela a été très bien inventé par le mythique blogmarks : tous les tags et pseudos sont syndiquables.
#7 - Les succès sont souvent des histoires d’hommes. Je pense que Benoît Raphaël est un atout pour ce projet. Tout me monde a en mémoire l’âge d’or de Demains tous journalistes, et sa passion pour l’information locale. Tout le monde a suivi ses compte-rendus de conférences synthétiques, les certitudes limpides qu’il s’est forgées en allant voir ailleurs ce qu’il se passait. Benoit a repéré très tôt Rob Curley, et a déja un petit succès derrière lui. Je pense qu’il est un des rares a avoir les bons reflexes pour piloter ce bousin qu’il a de surcroit pris en marche.
En cette période de lancement, je pense qu’il doit dormir aussi bien qu’un skipper faisant le Vendée Globe, et je lui souhaite la meilleure météo possible.
PS : des regrets, tout de même :
- une maquette vraiment pas folichonne, notamment pas assez dense, une infographie un peu moisie, des typos pas toujours terribles, et des alignements disgracieux.
- une sous-utilisation de la photographie, à la limite d’être traitée avec mépris. C’est dommage. Regardez du coté de 20 minutes : il font des miracles avec deux zlotys.
[UPDATE, 18 sept : Bienvenue aux lecteurs de la newsletter de Stratégies qui arrivent sur ce billet. En supplément, vous pouvez m'entendre en vrai chez la radio suisse romande sur le même sujet]