31/8/2007

[ Blog Day : lisez des vrais livres ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:27

Aujourd’hui, c’est Blog day, et pour la peine, je vous recommande 5 bouquins lus recemment ou non, pour arrêter 5 minutes l’under-culture instantanée dans laquelle on se complait à se vautrer. Je sais, c’est dur, car la plupart des références ci-dessous ne disposent pas de flux RSS, et donc ça se lit assez mal avec votre agrégateur, bande de geeks. De plus, l’usage du lien hypertexte vers des pages en papier n’est pas encore très au point, aussi, je me suis cassé le tronc à recopier des passages, alors faites moi le plaisir de lire voluptueusement lesdites recommandations, petits flemmards.

> Temps machine, de François Bon (Ed. Verdier). Chroniques du crépuscule industriel metallique à l’aube d’une vie d’auteur. Rien que pour cette évocation du soir de labeur intérmaire, au camping où l’on “ouvrait une boite comme cassoulet ou choucroute, chacun la sienne d’un kilo et dès le sac de couchage on s’écroulait dans un sommeil où meuler durait encore” (Editions Verdier, 1993, 11,50 €)

> Le complot contre l’Amérique, de Philip Roth. Une fascinante chronique familiale uchronique (sur le même principe que le maître du Haut-chateau de Philip K. Dick et Fatherland de Robert Harris, c’est à dire basé sur une anticipation à partir de faits passés, en clair : les nazis ont gagné la guerre, que s’est-il passé après). La vie dans une Amérique gagnée par les pogroms dès 1941, alors que le président Lindbergh promulgue sans coup férir des lois raciales invisibles dans un silence collectif où l’assentiment passif est assourdissant (Gallimard, 2006, 22 €, traduction Josée Kamoun)

> Sur le chemin des glaces, de Werner Herzog. En novembre 1974, le cinéaste bien connu et deja bien barré entame un road movie de vagabond, à pied, avec une boussole et des bottes. Un voyage sous les neiges de Munich à Paris, pour venir voir son amie Lotte Eisner, avec l’idée vaguement murmurée que ce périple la sauvera (P.O.L., 1988, 10,98 €).

> La défense Loujine, de Vladimir Nabokov. “Mais il n’y avait plus d’Alexandre Ivanovitch” lit on à la dernière ligne. Petite remarque pour ceux qui liront le livre concernant la précédente citation : je viens de vous bousiller un de mes effets littéraires préférés de Nabokov (avec le fameux “pentapode maudit” de Lolita), je sais, c’est pas sport. Nabokov reste pour moi une énigme : un académisme improbable, doué d’un esprit truqueur et malicieux, et qui raconte à peu près toujours la même histoire dans 80% de ses romans (un jeune homme falot et déraciné se fait souffrir à être l’objet immobile de dépendance imbécile d’une nymphe d’albâtre). Mais sur ce corpus littéraire de russe blanc empesé flotte une légereté esthétique époustouflante (Gallmiard Folio, 1991, 6,60€).

> Comment voyager avec un saumon, d’Umberto Eco. La suite des pastiches et postiches, soit un digest de chroniques parues dans l’Espresso dans les années 80. Certains textes parus avant l’ère numerique sont d’une touchante mais néanmoins désolpilante désuétude (la religion d’un logiciel ou la théorie qui affirme que le Mac est catholique contre-reformateur et le DOS protestant calviniste). Un chapitre entier est consacré à l’usage des points de suspension, ligne de faille entre l’écrivain professionnel, qui l’utilise pour indiquer que le discours pourrait continuer (”à ce sujet, il y aurait encore beaucoup à dire, mais…”) de l’écrivain du dimanche qui cherche ainsi nà se faire pardonner une figure de style qu’il juge hasardeuse (”il était furieux comme… un taureau”) (Livre de Poche, 2005, 5 €)

Note spéciale à mes amis bibliothécaires ou bilbiophiles qui ont la hardiesse de me lire : ne manquez surtout pas les recommandations de lecture à l’approche des vacances (le corpus kabbalistique, adapté aux vacances car les rouleaux originaux se logent aisément dans le sac à dos de l’étudiant parcourant l’Europe avec un billet Bige, ou bien les excellentes Patrologies de l’abbé Migne, tout en déconseillant les Pères grecs jusqu’au Concile de Florence de 1440, à cause des 161 volumes de l’édition greco-latines et les 81 de l’édition latine, alors que les 216 volumes des pères latins jusqu’à 1216 peuvent aisément suffire) et les 18 conseils pour organiser une bibliothèque publique, dont je vous livre ci-dessous le premier pour donner le ton (on trouve une version complete ici) :

1.Les catalogues seront subdivisés au maximum : on veillera à séparer le catalogue des livres de celui des revues, et ceux-ci du catalogue par matières, ainsi que les ouvrages d’acquisition récente des ouvrages d’acquisition plus ancienne. Si possible, l’orthographe de ces deux derniers catalogues sera différente ; par exemple, le mot hiérarchie prendra un H initial dans les acquisitions récentes et un I dans les acquisitions anciennes ; dans les acquisitions récentes, Tchaïkovski s’écrira avec Č, tandis que les acquisitions anciennes l’écriront à la française, avec Tch.[...]

Enfin, sur Eco, lire le chapitre consacré à Alexandrie, sa ville natale, d’un stupéfiante élégance nostalgique et méridionale, dans sa façon d’aimer cette cité des origines qui n’a jamais rien revendiqué :

“Si vous saviez comme on se sent fier en se découvrant fils d’une ville san rhétorique et sans mythe, sans mission et sans vérité”.

NB : après tous ces bons conseils, j’en profite pour déconseiller la lecture d’un ouvrage en particulier : le mode d’emploi de la caméra Sony DCR-PC9E, dont vous trouverez ici une édition PDF rare (comptez cependant une matinée pour le charger directement branché sur un backbone). Le style est ampoulé, l’auteur est empêtré dans un style illisible, et le recours à la table des matières n’est d’aucun secours. La traduction est plutôt baclée. On en ressort au final assez dépité, avec la désagréable impression que l’on a perdu son temps. Et que sa caméra est toujours en panne.

[ La table ronde, mythe ou réalité ? ]

Classé dans : — joel ronez @ 4:00

Notez que “la table ronde à travers les âges” ou “la table ronde, bilan et perspectives d’avenir”, ça marche aussi.

J’ai participé cette semaine aux rencontres Médias & Proximité, auxquelles je collabore depuis l’an dernier alternativement en contribuant à la mise au point des ateliers, en modérateur, en bloguant en direct (essentiellement en format Verbatim) et cette année intervenant de 2 ateliers sur les nouvelles formes d’écritures journalistiques et web & élections (spécial délation : Benoit Thieulin mon voisin de tribune répond à ses mails pendant que les autres parlent :) ).

Si j’ai passé 2 journées très enrichissantes à Biarritz, je me reconnais cependant assez bien dans la frustration et les propos de Versac (qui était lui invité à l’université d’été du MEDEF) sur le format table ronde / atelier :

Les débats, globalement, sont un prétexte, essentiellement, à des rassemblements et déplacements de population qui favorisent les rencontres. Ceux que j’ai vus (je ne serai ici qu’aujourd’hui) veulent sans doute trop embrasser, et leurs formats ne facilitent sans doute pas les discussions construites. Ma table ronde, ce matin, a vu égréner sans réelle discussion ni approfondissement des interventions sur le sujet de l’opinion publique internationale. Discours des sept intervenants, une question de la salle, pas de dialogue et d’échange, pas de contradictions, de rebonds, de retours.

Peut-être par habitude de blogueur et de pratiquant de l’internet, je goûte peu ces accumulations de personnalités délivrant souvent un discours en silo, sans forcément tenir compte du parterre. Il y a une vraie question de formats, pour ce type d’événements. Ne pourrait-on imaginer autre chose que 5 table rondes simultanées disposant entre sept et douze intervenants, pour la plupart vraiment passionnants, mais qui disposent de peu de temps pour s’exprimer et approfondir ? Des variations de formats, sur le modèle de ce qui peut se faire dans les grandes conférences hitech (TED, reboot, leweb3…) serait sans doute plus riche.

Comme souvent, les rencontres sont souvent un moyen d’entretenir un réseau, mais il manque souvent une ambition de proposer de la nouveauté, de l’exclusivité. Il n’y a pas vraiment d’enjeu de bien faire ou pas pour les personnes invitées à s’exprimer. Cela impliquerai notamment de la part des participants qu’ils soient à même de préparer d’avantage en amont les interventions, et donc fatalement les rémunérer pour cela. Ou bien de leur demander de parler non pas d’un sujet dont ils sont spécialistes, mais leur avis prospectif sur un sujet plus récent, ce qui les obligerait à un effort de préparation amont pour ne pas dire trop de conneries.

Les alternatives, malheureusement, ne sont pas très nombreuses. Lorsqu’on demande une préparation, cela signifie souvent un powerpoint, qui va à son tour saper la dimension spontanée de l’intervention.

Dans ce type de rencontres, mon préféré est le format “témoignage”, avec une seule personne, pendant 30 mn, interrogé par un animateur, qui raconte un parcours, un retour d’expérience, une histoire, bref du vécu selon l’angle humain, sans notes et sans prépration. La vie d’un manager est souvent plus intéressante que son avis, qui fatalement se trouvera moucheté par ses engagements, ses obligations, et la bienséance confraternelle.

NB : Si je trouve l’idée du MEDEF d’inviter les blogueurs très bonne, et les billets qui en sortent intéressants, je trouve par contre le nom du concept, Jouer le Jeu, totalement ridicule.

[ Ecriture télévisuelle / renew ? ]

Classé dans : — joel ronez @ 3:31

Est-ce l’amorce d’une tendance vers un nouveau langage de l’information ? En tout cas, les anglais sont sur bon chemin.

Channel Five bannit les techniques de docu-fiction dans ses reportages

Le chaîne britannique Channel Five a annoncé hier avoir interdit à ses journalistes le recours aux techniques artificielles de mise en scène pour les reportages présentés dans ses journaux d’information, afin de regagner la confiance du public. [...]

L’un de ces procédés consiste pour le journaliste [...] à rejouer sa réaction aux propos de la personne interrogée. De même seront bannies les artifices consistant à demander à l’interviewé de se laisser filmer en train de marcher ou de monter un escalier par exemple, ou encore à monter une interview en insérant les questions du journaliste après coup. “Ce sont des vieilles techniques usées qui appartiennent à une autre période” à déclaré David Kernode [le rédacteur en chef]. “Les téléspectateurs saisissent bien ce que “montage” veut dire”.

Via Satellifax.

J’ai toujours été frappé du degré de mise en scène que représente une interview télévisée. Dans les quelques unes que j’ai pu faire, on m’a toujours fait répéter plusieurs fois les phrases, comme un acteur qui fait plusieurs prises. On m’a effectivement deja demandé de poser pour des plans de coupes bien nazes, genre je travaille à mon ordinateur, ou je donne un coup de téléphone, etc. Il n’y a quand on y regarde de plus près dans les reportages de journaux télévisés qu’une part infime de réalité saisie, et malheureusement beaucoup d’images d’illustration, ou de témoignages si ce n’est dictés, en tous cas souvent suggérés par le journalistes.

Si l’on veut encore en remettre une louche, je tiens aussi à attirer l’attention critique des téléspectateurs sur la précieuse contribution du déréglement climatique à la cause éternelle du marronier dans des rédactions de service public. Dans les JT de France 2, François Laborde a eu fort à faire pour varier ses lancements à partir du 12ème reportage de l’été consacré au morne et lent rythme des journées subies par des campeurs sous la pluie, et à l’inventivité de ces derniers pour tuer le temps (belote, raclette sous le auvent, télé, apéro avec la caravane à coté, musées, attente de l’éclaircie, ma bonne dame, ça fait 20 ans que je viens et j’ai jamais vu ça de mémoire de chèque-vacances) sans oublier le plan final sur les enfants sautant dans les flaques “mais ce temps fait aussi des heureux (sourire en coin)“, où est ma hache, je dois casser ma télé sur-le-champ).

[ Live blogging / end ]

Classé dans : — joel ronez @ 9:39

Je suis un social geek.

30/8/2007

[ L'écriture web : compte-rendu d'atelier ]

Classé dans : — joel ronez @ 6:22

Marie a synthétisé à la volée mes propos tenus lors de l’atelier “nouvelles formes d’écriture journalistiques” modéré par Laure Adler (excusée), lors des rencontres Médias & Proximité.

29/8/2007

[ Ils ont lu "l'écrit web", digest ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:47

J’ai normalement un blog dédié à ça, mais je tient à signaler ici les récents billets de primo-lecteurs de mon guide pratique sur l’écriture web qui vient de sortir (dispo en librairie le 4 septembre, dernières infos) :

> Jean-Marc Hardy, confrère bruxellois dont le myhtique redaction.be m’a beaucoup appris.

> Emmanuel Parody, d’Ecosphere, qui adjoint à sa note de lecture une remarque pertinente sur la limite du rubriquage arborescent fixe, et préconise ce que j’appelerais la version “sémantique flottante”. On a commencé le débat dans ses commentaires

> Olivier Ertszcheid, dans Affordance.info. Il a écrit la préface, il est donc autorisé à s’éviter un billet en étant “d’accord tout pareil” avec François Bon.

> Deja signalé, Sebastien Bailly auteur de “Bien écrire pour le web”, guide pratique avec exercice et corrigé (dont un sur Rouen que j’ai usé jusqu’à la corde, tant il était parlant).

[ Information locale : rechercher plutot que collecter ]

Classé dans : — joel ronez @ 1:46

Je suis pour deux jours aux rencontres Médias & Proximité, et nous bloguons les conférences et ateliers en direct ici.

atelier1-S.jpg

J’ai bien apprécié l’intervention de Jean Marziou, directeur de la rédaction de la République des Pyrénées et l’Eclair Pyrénées.

Extraits :

L’offre éditoriale locale est elle bonne ? Je dirais non, vu les chiffres de diffusion.

Nous souffrons de deux grands problèmes :

> Le territoire ne suffit plus. L’unité de base du local, le foyer, n’appartient plus à un espace territorialisé. Toute définition du local doit prendre en compte 3 composantes :

- la proximité
- l’appartenance à un groupe social
- la participation

Le local ne s’incarne plus uniquement sur une proximité géographique.[...]

> Deuxième problème : la dégradation de notre image à cause d’une trop grande institutionnalisation de l’info locale. Notre information prend pour objet des hommes intégrés dans le système local, alors qu’elle exclut tout ce qui n’est pas intégré. Notre problème n’est pas tant le fait d’une sensibilité politique qui serait conservatrice, mais c’est l’expression de choix stratégique centré sur le nombrilisme et la stabilité qui nuit à notre image.[...]

Notre presse de proximité n’apparaît plus comme contre-pouvoir. L’info locale ne fait que conforter celui qui a pignon sur rue, reproduisant le même modèle. La période électorale illustre bien cette situation : nous traitons souvent de l’inauguration des permanences de candidats, mais pas nous omettons l’examen critique des programmes. On utilise le registre du compte-rendu au détriment de la recherche de l’information.

Lire le compte-rendu complet de l’intervention de Jean Marziou.

27/8/2007

[ François Bon, sur "l'écrit web" ]

Classé dans : — joel ronez @ 10:28

Lu sur Tiers Livre :

“Et, bien évidemment, la première spécificité du Net c’est que si on ressemble aux autres on ne risque pas de faire émerger son travail : prenons le risque de la singularité (des phrases longues, des post trop longs), mais on sera d’accord avec [Joël Ronez] sur ce qu’il martèle d’un bout à l’autre du livre, priorité au contenu, les outils Net trouvent leur pertinence à les suivre et les détecter. Un mot concret à cause de son histoire dans la vie de chacun, suscite immédiatement des images mentales et des émotions : alors, en septembre, un peu plus de littérature et un peu moins de rugby, Joël ?”

C’est la conclusion de François Bon sur son site, qui m’a fait l’honneur de lire mon petit ouvrage “l’écrit web” (Ed CFPJ, 128p, 20 €, c’est pas cher, voir le blog). Je suis d’autant plus honoré que François est un écrivain, alors que je me rangerais pour ma part plus volontiers dans la catégorie des écriveurs.

Il nuance certains de mes conseils, notamment sur la nécessité des phrases courtes. Il suffit effectivement de lire François Bon (je suis sur Temps Machine, éd Verdier, à cette heure), pour saisir la variété de nos espaces respectifs.
Heureusement, je ne prétend pas que mes quelques recettes ait une application dans le champs non réglementable de la littérature, me contentant que de celui de la communication, au mieux du journalisme.

Merci à François pour cette lecture attentive et critique de mon livre “tout mince et de fausse humilité“, de la part d’un homme technophile né dans l’industrie lourde du siècle dernier et vibrant de curiosité dans le réseau contemporain.

23/8/2007

[ Le blog de Marie ]

Classé dans : — joel ronez @ 1:30

Avec tout ça, j’ai oublié de vous dire que Marie, ma talentueuse et optimiste collaboratrice depuis 4 mois, a maintenant un vrai blog à la place de son Vox en bois.

N’en profitez pas pour lui faire des propositions d’embauche honteuses, je la garde (d’autant qu’elle a été à bonne école).

20/8/2007

[ Rencontres Médias & Proximité, à Biarritz les 29 et 30 aout ]

Classé dans : — joel ronez @ 3:41

Pour la deuxième année consécutive, je serais à Biarritz la semaine prochaine pour participer aux 2èmes rencontres Médias & Proximité. Le programme est chargé puisqu’en plus de l’animation du blog en direct avec Marie, ma collaboratrice, je participerai à deux ateliers :

rmp-capture2.jpg- Atelier 11 : Web et élection, Jeudi 30 août 2007 à 11h30, en compagnie notamment de Thierry Vedel et de mon vieux camarade Franck Bousquet, avec également la participation de Benoît Thieulin, responsable de la campagne Web de Ségolène Royal et Benoit Cassaigne, de Médiamétrie.

- Atelier 12 : Ecriture journalistique, Jeudi 30 août 2007 à 14h30, débat modéré par Laure Adler, et auquel participera notamment Jean-Claude Bonnaud, président du directoire de Sud-Ouest, Maria Santos-Sainz, directrice de l’Institut de Journalisme de Bordeaux Aquitaine, et Hervé Brusini, Directeur Délégué à l’information de France 3. L’occasion de reparler de mon bouquin sur l’écriture web.

Nous prévoyons de monter un pool Internet dans la grande galerie, conjointement avec Cote Basque.net, qui enverra une équipe pour suivre la manifestation. Au menu : Podcast son et vidéo, photos, en blog en direct.

Sans oublier le désormais rituel apéro de blogueurs, qui aura lieu comme l’an dernier au Caféo sur la grande plage, mercredi 29 mardi 28 aout à partir de 19h. Inscription sur ce wiki, là, maintenant, tout de suite… :)

Offre spéciale : 5 invitations pour assister aux 2 jours de la manifestation offertes aux premiers qui m’en font la demande par mail.

16/8/2007

[ Vacances croates ]

Classé dans : — joel ronez @ 7:33

2 semaines sur la côte dalmate, dans un pays impressionnant, où l’on est remué par le vent, les eaux transparentes, et les silences. Une semaine après être rentré, je garde de la Croatie un arrière-goût suave de beauté léthargique, mais aussi de frustration, de nostalgie, et une incompréhension légère, à mi-chemin entre l’inhabituel et le mal à l’aise.

korcula3.jpgPourquoi la Croatie ? Un mélange de nombreux hasards : l’envie de partir au soleil, au bord de la mer, dans un endroit épargné par le tourisme de masse, une décision tardive (le 18 juillet pour la semaine d’après), la curiosité de base (jamais mis les pieds dans un ex-pays de l’Est), la curiosité morbide (les guerres de Yougoslavie, c’était il y a 10 ans…), et l’assurance de trouver des paysages et des ambiances uniques.

Y aller. La voiture a été d’abord envisagée, puis on a trouvé la veille du départ un vol sec AR pour 3 personnes sur Zagreb avec location de voiture incluse, chez un spécialiste en ligne : 1 280 € pour les 15 jours, de quoi éviter de traverser la Suisse pour rien.

Y arriver. L’aéroport de Zagreb est environ de la taille de celui de Brest ou Montpellier. Pas de quoi s’égarer dans les couloirs. Un grand merci cependant à Mondial Assistance, qui a pallié dans les 24 h l’inconvénient majeur de l’arrivée sur place : un surboooking de la part du représentant local d’Alamo National. J’attend juste l’arrivée de ma facture d’aout de chez Bouygues pour le bambou du roaming.

Premières impressions. La nuit, le trajet dans le Novi Zagreb (ville nouvelle de 1962, au Sud) sur des immenses avenues socialistes laisse le temps de s’acclimater aux Balkans, dans un univers de verre et de béton dépeuplé que connait toute métropole contemporaine. Le jour, sur la place centrale ou le marché du vieux Zagreb, dans les ruelles de la ville haute, on ressent une émotion esthétique très forte, un dépaysement austro-hongrois méridional qui n’a pas de nom. On hésite entre les senteurs ottomanes et Tintin en Syldavie.

Le croate. Il est plutôt affable, silencieux, ou au pire indifférent. On peut traverser des rues sans remarquer les individus, ni se faire remarquer d’eux. Une modestie rentrée. Si on rapporte ceci à l’histoire récente, cela se comprend aisément.
La plupart des gens rencontrés dans des rôles touristiques (hôtes, serveurs, guichetiers, épiciers) jouent leur rôle de bonne grâce, avec une efficacité non feinte, mais sans entrain particulier. On sent dans les gestes, les sourires et les manières une forme mélangée de nécessité économique et d’opiniatreté germanique. C’est une sorte de lassitude blanche, une fatigue morale invisible dans des corps en parfaite vigueur. Pas d’éclats de voix sur les plages, dans les cafés, pas de différents aux guichets, sur les étals. On a l’impression de vivre dans un pays sans contentieux ordinaire, et on se surprend même à intimer à sa fille de faire moins de bruit sur les plages pour ne pas être remarqué…

Le touriste. Il est majoritairement germanophone (Autriche, Allemagne), ou italien. Et aussi beaucoup slovène (ex-Yougoslavie, nouvellement UE), bosniaque (de l’autre coté de la montagne), et polonais (par contre, eux, on les entend sur les plages). On trouve peu de français, ce qui est un élément important pour des vacances dépaysantes (sinon, on serait resté en Bretagne). L’aspect exotique, c’est que contrairement à pas mal de pays méditéranéen, le français et l’anglais ne sont pas vraiment utiles. La langue pivot est plutôt l’allemand. Parfois, dans certains coins touristiques, on peut trouver des traductions hilarantes en français (en 5 ou 6ème position dans l’ordre de préséance). Genre mode d’emploi traduit du coréen par des bulgares sous acide.
Autre point important : le touriste n’est pas pléthorique. Le niveau d’avant-guerre n’a pas été vraiment retrouvé, et puis le parc hotelier n’est pas tout à fait adapté aux exigences du tourisme de masse.

L’hébergement, justement. Certes, peu de capacité hotelière, notamment dans les villes. Par contre, pour les amateurs de kitsch socialiste dont je suis, on trouve encore d’authentique hotels d’état de grande tenue. On loge principalement chez l’habitant, qui trouve ainsi une activité d’appoint. Les conditions sont très souvent excellentes, les chambres très bien tenues, la literie repassée de frais, les serviettes de bains changées tous les jours. Les chambres sont quasiment tout le temps neuves, des plinthes aux prises et carrelages. Comme si cela avait été fait l’an dernier. Héritage d’un autre temps, comme dans d’autres pays ex-communistes (vécu aussi au Vietnam), on vous demande toujours votre passeport (enfant de 3 ans compris) pour le noter dans un registre, voire ou vous le garde carrément pour la nuit…

Internet. Quelques cybercafés, en règle générale étonnement hors de prix (parfois jusqu’à 15 euros de l’heure). Cela tombe bien, de toute façon, j’ai pas regardé mes mails en vacances (ou presque). Une petite prise en main pour le clavier croate nécessaire (les touches ne correspondent pas toujours à leur valeur faciale, bon courage pour le @).

Les prix. Séjourner en Croatie pour les vacances coûte moins cher qu’en France, pour une qualité de service et d’accueil moins élaborée mais au final qui laisse meilleure impression. Manger au resto un soir pour 2 adultes et un enfants dans un village côtier va couter moins de 30 euros, une pression moins d’un euro et demi en terrasse. Il y a certes une moins grande variété de loisirs, de restaurations, de consommation en général, mais le cout de la vie pour un français est peu onéreux. Les commerces mêmes les plus rudiementaires mettent un point d’honneur à délivrer un ticket de caisse, et vous avez peu de mauvaises surprises. La monnaie croate s’appelle le kuna, subdivisée en 100 lipa, et pour faire court on couvertit sur la base 1 kuna = 1 franc français de l’époque. A savoir : on ne rend pas vraiment la monnaie en lipa (en tous cas aux touristes…)

La bouffe. Amis végétariens, vous risquez de souffrir. Le patrimoins culinaire croate est tout entier dévolu à la viande très cuite (genre semelle), principalement en sauces, avec des frites et une sauce traditionnelle aux poivrons et oignons parfaite. Mais sur la côte, on peut se venger avec des poissons entiers au grill, pêchés de l’après-midi, et qu’on vous montre parfois avant de le préparer. La pêche est souvent le fait de petites embarquations, qui vendent ensuite aux habitants et aux restos des environs, donc vous êtes à l’abri du surgelé (je repense à ce plateau de fruit de mers surgelés qu’un restaurateur de Boulogne sur Mer, France, osa un jour m’infliger, le pauvre). Avant le repas, les tapas du coin existent en deux modèles : le prsùt (prononcer pur-chut), jambon fumé dalmate, et le sir, fromage de brebis de l’île de Pag. Il n’y a pour ainsi dire rien d’autre, mais on s’en délecte avec un petit ballon de blanc qui ne fera pas regretter la sieste. Après le repas, un petite travarica (alcool d’herbe) laisse un arrière gout de déshinibition sur l’occiput, et se boit comme qui rigole. Si vous aimez le café, vous serez à la fête, car vous êtes dans la zone d’influence italienne.

La mer. Bienvenue en Adriatique (Jadran, en croate). Dans les zones côtières, les eaux sont calmes, agentées sous le soleil, et ondulent docilement sous une houle dodelinante, plutôt hospitalière. Les côtes plutôt escarpées offrents des points de vue saisissants sur des îles et îlots innombrables (plus de 1 700). L’eau trés saline vous fait flotter sans efforts, et à l’abri des vagues grâces aux criques et îles, on ne risque pas grand chose. Par contre, point de sable. Ici, c’est le règne du relief karstique, rochers déchirés et galets ronds dans le meilleur des cas. Un habile rempart contre les usines à beaufs, car les capacités d’accueil se trouvent du coup la aussi considérablement amoindries… La composition du sol rend l’eau particulièrement transparente. Avec un simple masque et un tuba, vous partagez avec simplicité l’ecosystème de poissons dociles, et d’oursins très nombreux (chaussures de mer obligatoires). On peut aussi louer des bateaux à moteurs pour atteindre des criques ou d’autres îles.

La guerre. On ne la voit nulle part, mais on l’a en tête quasiment tout le temps. Sur place, le charme vénitien de certains ports, la majesté des côtes, l’humilité apaisante des plaines agricoles ne vous fait pas penser spontanément aux guerres de Yougoslavie (1991-1995). Mais le soir dans la pénombre, le matin en traversant des ruelles fatiguées, la journée, en croisant des quadragénaires tatoués, on ne peut se sortir de l’esprit qu’ici, pas loin, peut-être dans ce village, cette famille, sur cette route ou cette crête, à eu lieu un fragment d’un des pires et plus absurdes conflits armés européens du 20ème siècle (300 000 morts, 1 millions de personnes déplacées). Le pays a été pour l’essentiel reconstruit, des autoroutes déchirent les montagnes, des ponts enjambent les vallées, les voiries sont propres, les villages entretenus. Quelquefois, on tombe ça et là sur une charpente noircies, une ruine, une usine à l’arrêt avec ses vitres cassées. Mais rien de bien abscons en comparaison d’un faubourg un peu oublié de nos préfectures, avec son lot d’obsolescence. La guerre n’est pas une évidence, mais pourtant on y pense très souvent. Peut-être parce-que justement personne n’en parle, et que de toutes façons on ne parle pas croate, et quand bien même, la pudeur obligerait à se la fermer avant de s’enquérir avec avidité des détails sordides auprès d’autochtones dont on redoute qu’au fond ils soient blasés de tout cela. On y pense aussi parce-qu’on en a beaucoup entendu parler, il y a 15 ans, sans rien y comprendre ni s’y impliquer, et qu’avec le recul, imaginer qu’ici des milices et armées s’affrontaient à l’arme lourde à l’époque, alors que bientôt ils feront partie de l’Union européene cela parait dérisoire. Qu’on ne se trompe pas, la guerre est encore tapie partout. Au fronton de quelques cafés, où l’on affiche fièrement le portrait d’Ante Gotovina, accusé de crimes de guerres et crimes contre l’humanité, mais considéré localement comme un libérateur par beaucoup. Dans les guides touristiques traduit en français à la hache, où l’on raconte les évènements dramatiques provoqués par les “mégalo-serbes”. Sur les routes, ou parfois des jeunes crânes rasés portant des croix impériales allemandes sur la torse et sur leur plaque d’immatriculation trahissent une appartenance à une milice ajourd’hui dissoute. Et vraisemblablement dans les histoires que les gens qu’on rencontre ne raconteront pas parce-qu’au final on n’est pas bien sûr de pouvoir les entendre…
De retour à Paris, j’ai commencé la lecture de “l’air de la guerre”, de Jean Hatzfeld. Ce récit poignant de la part d’un correspondant de guerre mythique a un peu contribué à me gâcher mon retour. Il décrit très bien l’ahurissement qui se saisissait de lui, à l’époque, devant l’incongruité de combats épouvantables (pilonnage de Vukovar, massacres, tortures, cadavres dans les rues, etc.) se tenant dans un paysage champêtre et placide, avec une pagaille avinée et une fièvre nationaliste exaltée. Cette question ne peut échapper également à un touriste aussi innocent que moi : comment est il possible que ce pays si proche, avec ces gens si semblables en conformité physique et degré de civilisation ai pu connaitre et surtout générer ce que décrit Jean Hatzfeld ?

En conclusion. Tout le monde n’est pas forcément sensible comme moi au vertige social, qui de toutes façon n’a plus aujourd’hui qu’un effet symbolique. Le pays est matériellement dans les normes européenes, et ne doit pas beaucoup différer de sa voisine et ancienne cousine Slovénie, aujourd’hui un des 25 états de l’UE. C’est pourquoi je recommande volontiers la Croatie comme une destination de découverte. Les paysages maritimes qu’on y cotoie sont probablement uniques au monde, et s’apprécient dans une relative faible densité touristique. Pour ma part, je suis encore un peu partagé entre le désir d’y retourner dès que possible, ou d’attendre au bas mot plusieurs décennies, le temps que l’ambiguïté ai fui les rues des villes. Ou mon imagination.

13/8/2007

[ Après le soleil ]

Classé dans : — joel ronez @ 5:19

Il parait que pour l’été 2007, la météo nous met au supplice.

A tous les laissés pour compte de la chaleur, les opiniâtres et blafards métropolitains restés en ciré breton depuis 8 semaines, je veux offrir en guise d’exorcisme ces quelques pixels ramenés de mes récentes vacances adriatiques.

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On sait jamais, ça peut toujours marcher. Après, il nous reste les sacrifices humains…

[ Feedburner, jour 1 ]

Classé dans : — joel ronez @ 1:55

Avec 2 siècles de retard sur mes respectés confrères blogueurs qui en ont apparemment fait une norme d’usage, je me résous à passer à Feedburner dérechef. Vous pouvez donc modifier vos abonnements RSS si vous avez 5mn (l’ancienne adresse restant valide, of course), ça m’évitera la honte du “zéro abonné” la, à droite, tout de suite…

A part ça, j’espère que vous avez passé de bonnes vacances.

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