J’ai pris le train samedi, et j’ai pu tester grandeur nature l’offre de réseau social d’iDTGV, un produit original de la SNCF. Au final, une bonne impression, et quelques suggestions.
L’offre d’iDTGV est plutôt bonne. Avec ce type de train, affrété sous une autre marque, la SNCF expérimente en fait la future dérégulation totale des lignes passagers. Le prix est clairement intéressant (49 € pour un Marseille-Paris en première), et la qualité de service est identique sinon meilleure. Les trains sont les mêmes (rames TGV duplex), le confort similaire, et les prix du bar carrément moins chers (menu à 8,50, contre 50% plus cher sur les lignes normales). En contrepartie, les billets sont payables exclusivement en ligne, nominatifs, et non échangeables ni remboursables après émission (impression en PDF).
Le concept varie sur quelques points, notamment des services commerciaux plus nombreux disponibles dans le haut de voitures (zone idZAP : location de DVD portable, de PSP etc.), et service restauration ambulant. Le bas (zone idZen), qui n’est pas accessible en chariot, est dévolu au calme.
L’originalité principale réside dans la possibilité pour les voyageurs de créer un compte sur le site d’IDTGV afin de se créer un profil avec avatar, fiche de présentation anonyme et offre de contact. Présenté sous l’invitation “qui sera dans votre train ?”, ce système vise à mettre en relation les passagers avant le voyage.
Evidemment, c’est pas Meetic non plus : à la place de la jeune touriste anglaise esseulée, j’ai fait la connaissance (sans y perdre au change, loin de là) de Jean-Louis Margolin, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-en-Provence, et spécialiste des violences politiques de masse en Asie, récent auteur des Armées de l’Empereur (voir aussi ici), qui a collaboré au fameux Livre noir du communisme. Nous nous étions communiqué au prélable nos numéros de siège, et avons ainsi discuté pendant presque deux heures au bar. Un moment convivial et passionnant. Je l’ai encouragé à tenir un blog, malgré un emploi du temps qui m’a l’air chargé, lui prédisant beaucoup de bienfaits en retour de cette discipline carnetière. Quant à moi, je vais me procurer son bouquin pour mes prochains voyages en train.
Le système de mise en relation proposée est donc incontestablement une innovation, et correspond à mon avis à une réelle demande.
Voici cependant quelques suggestions d’améliorations :
- Le système est trop graphique (ajax, flash, petits personnages avatars, etc.). La navigation est en mode visuel, alors que des permaliens (liens permanents vers des profils, etc.) seraient plus efficace.
- La mise en relation : un moteur de recherche multi-critère plutot qu’une page avec des bonshommes cliquables me semblerait plus approprié. Le principe du réseau social repose sur une segmentation fine des champs compsant l’identité d’une personnes, pour offrir ensuite des possibilités nombreuses d’affinités et de mise en relation. Ici, la seule clé d’affinité permettant la mise en relation est le fait de prendre le train, ce qui n’est pas assez discriminant, et au final, un critère par défaut plutot que d’adhésion.
- le prix : 5€ pour un accès aux mises en relation. Je rendrai tout cela gratuit (le CA doit être insignifiant jusqu’ici) afin notamment de constituer une base d’usages. Le payant s’il doit intervenir, ne doit l’être qu’au bou d’un certain temps, et pour des usages avancés. J’admet cependant que le paiement sur un site de social network représente une forme d’engagement triant de fait les usages intempestifs.
- politique de confidentialité : correcte. On n’est pas obligé de donner son nom, et l’on ne peut pas contacter à nouveau une personne qui n’a pas répondu à une premire sollicitation. Je trouve le système assez bon, y compris le fait de ne pas déclarer son numéro de siège et de laisser à la discrétion des individus la possibilité de se donner rendez-vous de manière informelle.
D’un autre coté, il manque la notion qui fait aussi le succès des sites de réseaux social, à savoir la visualisation des connexions entre individus. Le “qui je connais” sur le web est aujourd’hui aussi importante que “qui je suis”.
- Accessibilité de la base des participants : pas assez de monde dans la base, et profils pas dynamiques. Un site de réseau social fonctionne avec d’une part des profils individuels, d’autres part des commentaires semi-persistants, une notion d’évènements (il s’est passé ça, machin a upgradé son profil), et une compatibilité avec l’extérieur. Ici, les profils ne sont pas persistants et accessibles en liens permanents, et l’accès aux profils est limité dans le temps (le voyage passé, on ne peut accèder au site sans numéro de dossier). De plus, les espaces sont très segmentés. Ils ne sont également pas ouverts à d’autres composantes de l’identité numérique (openID, Ziki, Facebook, blogs, linkedIn etc.) qui reprendraient avantageusement la notion de profil voyageur et assureraient une promotion virale au service.
De la même manière, il serait intéressant de reverser en opt-in au moment de l’achat du billet les profils anonymés par défaut, avec le minimum d’infos. Cela permettrait de créer plus d’opportunités de contacts avec une base élargie, au lieu de ne compter que sur les motivés qui vont remplir un profil. La notion de “social network” suppose quand même une masse critique d’usagers qui ici fait défaut.
Au final, j’ai une impression assez bonne sur le système, et je prédis un réel avenir à la recherche sociale d’opportunités de rencontres lors d’un trajet en transports en commun, train ou avions. Peut-être la SNCF pourrait être un peu plus ambitieuse pour pouvoir faire de cette idée un succès autrement que sur le papier.
[Note à mes amis lecteurs usagers tentés par le trollisme : inutile de laisser ici des commentaires sur les trains en retard entre Poissy et La Défense, les sous-investissements dans les trains de banlieue et la vetusté des autorails desservant la Normandie sous prétexte que je dis du bien de la SNCF. On est tous au courant que ça existe, et que c'est un autre problème...
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