[ Nancy, et l'humilité flamboyante ]
Je passe deux jours à Nancy, pour intervenir chez France 3 Lorraine Champagne-Ardenne (attention le clic sur le lien précédent vous donnera envie séance tenante de plastiquer la régie publicitaire d’un établissement public audio-visuel).

L’occasion de découvrir une ville qui m’est presque inconnue, alors que paradoxalement elle fait partie intégrante du patrimoine affectif de ma famille, pour cause d’endroit décisif de rencontre de mes parents dans des temps immémoriaux.
La cité est d’une beauté surprenante, un peu nonchalante, assoupie et brillante à la fois. Le centre ville du XVIIIème est unique au monde. Les édifices ont des proportions d’une élégance assourdissante, avec des détails d’architecture d’une profonde majesté. Par exemple, ces hautes fenêtres quadrangulaires, à boiseries nobles. Ou ces portiques légèrement arrondis sur les coins supérieurs.
Tout le quartier de la place Stanislas est classé au patrimoine mondial, et a été restauré avec une véritable générosité envers les pères fondateurs (en l’occurence surtout un).
Contrairement à la détestable habitude des restaurateurs d’aujourd’hui, ceux de Nancy ont effacé toute prétention d’apposer leur marque indûment sur un espace né du génie d’un autre temps. Ils ne se sont pas approprié l’espace avec des dallages m’a-tu-vu, du mobilier urbain clinquant et design, des trottoirs nouveaux-riches ou de la signalétique de parvenu.
Ils ont au contraire laissé respirer le joyau qu’on leur avait confié, sans le muséifier à outrance. Même si l’endroit mérite quelques égards qui imposent à coup sur des contraintes pesantes à ses usagers commerciaux, on ne sent pas ici le détestable fil à plomb du styliste prétentieux (malgré un maire qui s’y connait en fil à plomb, je me comprend…).
En me baladant ce soir, je suis devenu royaliste pendant une petite demi-heure. Juste le temps d’une empathie singulière avec l’Ancien Régime. Celui de trouver d’un seul coup vulgaire les enluminures toulousaines de la place du Capitole, qui m’aparaissent grotesques vues d’ici. Elle m’ont subitement paru manquer cruellement de la classe qu’on retrouve dans le souffle continental qui embrase en silence la cité ducale dans laquelle je vais sombrer de sommeil ce soir.

J’ai fini ma balade par un petit inventaire Art nouveau, sidéré par la générosité organique et la mélancolie de certaines façades oubliées par nos habitudes de crépir les villes de paroi de verre. Presciences gaudiennes, certaines batisses exhalent une ambiance 1900 époustouflantes. Le Café Excelsior (Steak tartare 15,90, quart de Riesling 5,50, Café gourmand 8,90) et ses plafonds immenses m’ont ravi pour le mois qui vient, et ça tombe bien, parce-que je reviens bientôt…
J’aurais peut-être le temps cette fois-ci d’attaquer la partie contemporaine de la ville et les chefs d’oeuvre en péril…
PS : Je m’excuse d’au passage auprès des adorables stagiaires à qui j’ai collé un rencard sans le savoir en plein le jour de la journée des vieux (qui au passage est en passe de détrôner le poids des cartables dans le top 3 des marroniers).

