J’ai croisé Taoufik El Jamali, un des fondateurs de Unyk.com, lors du dernier séminaire web 2.0 benchmark, où j’ai passé mon début de semaine. Une rencontre très sympathique, avec des discussions autour des réseaux sociaux et de l’identité numérique, mes thèmes de prédilection du moment.
Unyk est un service né d’une spin-off de Netclub (vendu à Match.com l’an dernier), qui propose de centraliser vos données de contact, et de vous servir de clé universelle. Ils comptent déjà plus de 5 millions de membres, et sont basés au Canada. Pour info, ils cherchent des contacts en France, qui va être leur tête de pont pour leur développement européen. Cela m’a rappelé Plaxo, que j’avais utilisé à l’époque, mais j’avais tenu 2 semaines, à cause d’une politique intrusive pénible (contre laquelle Taoufik s’inscrit en faux).
Préparer ce séminaire a été pour moi l’occasion de me rendre compte à nouveau que ma prédiction de Noël 2005 (”la notion de confidentilité est à réinventer“) se réalise chaque jour d’avantage. Je laisse des traces dans tous les coins d’Internet (j’ai même retrouvé des discussions sportives passionnantes dans Usenet datées de décembre 1995), mes articles voisinent avec mes voyages en train ou mes coups de gueule inutiles, et chaque fois que j’ouvre un service en ligne, je rentre dans des stratégies de cloisonnement de plus en plus complexes, et au final même pas appliquées. Pour mes mots de passe, j’en suis au Moyen-Age: je tiens un tableau excel avec 8 onglets et plus de 200 identifications différentes…
J’ai ouvert recemment un ziki, pour tester. Lorsqu’on me google, un adwords propose de visiter ma page perso, où j’ai compilé quelques traces de moi (genre cosmos technorati, deux profils Xing et LinkedIn sur lesquels je n’investis pas à plein temps, et des vidéos qui trainent…).
A priori, l’ensemble de cette nébuleuse de moyens d’identifications vivent sur un curieux paradoxe : regrouper des données en les décentralisant. L’identité de l’individu en ligne n’est pas une succession de services, c’est un empilement dans le temps, une construction fragile et empirique dont il ne maîtrise qu’une partie visible, mais pas forcément la plus pertinente. Pour protéger l’individu, il faut éviter de tout livrer à la même base appartenant au même propriétaire (”les oeufs, le panier, etc.”). Mais pour simplifier, il faut avoir une clé qui fonctionne partout. C’est notamment l’idée d’OpenID.
Le principe d’une identité unique est tentante, car elle simplifie les démarches et nous rapproche d’une norme physique connue.
Mais ne sommes nous pas condamnés à la multiplicité de nos identités, dans un réseau où finalement notre représentation symbolique est une chance d’échapper à notre simplicité terrienne ?