22/1/2007

[ Livre à la découpe ]

Classé dans : — joel ronez @ 10:00

C’est (bientôt) parti, affirme Olivier, qui l’avait déjà évoqué dans sa contribution aux Cahiers de la Librairie. Voici ce que j’avais dit pour ma part dans la mienne, en décrivant la rupture dans le rapport au temps née de la vie sous Internet :

Dans le domaine de la presse, c’est l’espagnol « 24 Horas », qui a ouvert le bal de la version en ligne téléchargeable et actualisée toute la journée. Ainsi, deux personnes téléchargeant et imprimant le même journal à 1 heure d’intervalle n’ont pas entre les mains le même contenu, mais le contenu le plus approprié par rapport au moment de leur demande.

Alors qu’une imprimante encore expérimentale peut fabriquer (entendre imprimer, relier et massicoter proprement) un livre en quelques minutes sans intervention humaine , nous devons rapidement imaginer le moment où les encyclopédies aurons elles aussi des centaines ou des milliers d’éditions dans l’année, où l’on pourra commander uniquement le chapitre consacré à la lettre C du Larousse, ou la version de mai du «Lonely Planet» sur le Vietnam.

Ces machines feront vraisemblablement le bonheur des bibliophiles, qui tels les philatélistes seront à l’affût des micros éditions unitaires rares. Mais la possibilité grégaire de se retrouver collectivement dans un exemplaire symboliquement partagé avec des milliers d’autres lecteurs disparaît avec l’exigence absolue de disposer d’un contenu correspondant à son contexte temporel.”

Et un peu plus loin, confrontant le livre à l’ère de l’hypertexte :

“Un des défis les plus difficiles à cerner dans l’avènement de la culture numérique d’aujourd’hui concerne les coups de boutoirs portés à l’unité légitime de contenu. Le livre (entendre : un ensemble de pages non modifiables et indivisibles) a traversé les siècles, pour se retrouver aujourd’hui en délicatesse avec la culture du fragment.

L’hypertexte valorise les contenus parcellaires, en pointant vers des zones précises d’un ensemble de textes, d’images ou de son. La notion de «téléchargement» est presque obsolète avant d’avoir vécue. On ne s’intéresse pas à un corpus, mais à une brique.

De la même manière que Radio Classique diffuse le boléro de Ravel raboté à ses derniers mouvements, que l’on achète plus des albums mais des titres, et qu’on ne visionne plus des films, mais des séquences, le livre sera-t-il réduit à ses pages ?”

Votre avis ?

19/1/2007

[ Blogs, wikis, RSS, le social software pour la veille et les services info doc ]

Classé dans : — joel ronez @ 4:16

Je serais les 8 et 9 février à Bordeaux pour animer ce stage à l’URFIST (voir le blog des Urfist).

Outre mon activité de conseil aux médias, j’interviens régulièrement sur le thème de la veille et des blogs. Je trouve passionnante la thématique liée à la collecte et la diffusion de l’information. Le fait d’être impliqué sur ces deux fronts (presse/veille professionnelle) me permet ainsi bénéficier d’une bonne implication dans les usages, les outils, les logiques humaines et les stratégies liées à l’information, dans deux contextes différents mais qui se touchent. La difficulté est parfois de maintenir une veille sur des domaines et des sources pas toujours connexes…

J’interviens aussi régulièrement pour Comundi/Reed Business sur ces thémes. J’ai passé en décembre 2 jours très enrichissant à Angers avec toute l’équipe de documentation de l’ADEME. Fait rarissime, tout le service au grand complet était en formation, avec son directeur Laurent Morice.

Il faut croire que la formation a produit ses effets, car ils viennent de mettre en place un portail interne de blog de veille, avec Typepad (qui reste toujours selon moi le meilleur outil pour ce type d’usage). De l’aveu même de Laurent, ils ont été remués par ce que j’ai pu leur dire sur la nécessité de diffuser de l’info pour que celle-ci vous revienne (effet hameçon, dont j’ai parlé et ).

ademe.jpg

Les “blogs veille” de l’ADEME fonctionnent de la manière suivante :

- chaque blog est circonscrit à un thème (la veille, le web, la politique énergétique, etc..). Ils sont alimentés par un ou plusieurs contributeurs.

- ils sont principalement constitué de notes lues ailleurs et copiées/collées pour partie, avec lien vers la source.

- les catégories sont mises à contribution pour constituer un début de folksonomie, avec la reprise en “catégory cloud”, les catégories jouant ici le rôle de tag (mais ce système peut évoluer par la suite vers un taguage par les auteurs)

- les blogs ne sont pas conçus comme un contenu ouvert au public. Mais ils le sont quand même.


Cette ouverture est une donnée très positive pour le bon fonctionnement du système :

- elle permet pour commencer à tous les collaborateurs de l’ADEME, permanents ou non, et quel que soit son réseau ou son site de rattachement, d’avoir accès au système, y compris le soir chez lui

- elle donne une chance au support d’évoluer

- elle motive les rédacteurs, maintenus en éveil par une éventuelle audience, fut-elle pointue ou technique

- elle met en oeuvre un gain essentiel de l’Internet contemporain: à savoir le partage de contenu généré par des professionnels qui n’a pas une valeur confidentielle, mais dont l’accès ouvert ne représente pas un préjudice.

Je m’explique : à l’ADEME, on n’emploie pas que des professionnels de l’énergie, on emploie aussi des professionnels de l’information :

- D’un point de vue interne : ces derniers peuvent parfois se retrouver isolés dans l’exercice de leur profession, et le principe du blog leur permet de tisser des relations dans d’auutres sphère, et de recueillir des informations dans leur intérêt.

- D’un point de vue externe, il serait dommage que tout cette bonne veille soit perdue pour la collectivité. D’autant que pour la majorité, elle a été produite avec des fonds publics, dans un secteur non concurrentiel (je rejoins d’ailleurs la lutte armée d’Olivier, qui relaie une pétition sur le sujet),

L’intérêt est aussi dans l’exigence qualitative ciblée qui est mise en oeuvre sur ce type de support. En clair : il s’agit non pas de simples blogs, mais de produits documentaires professionnels, pour un public connu et qualifié, et utilisant le blog. On bénéficie sans être salarié de ladite structure, d’une partie de son savoir-faire, de ses sources et de sa capacité à mettre en forme un contenu pour une audience.

Je prédis donc au service doc de l’ADEME de belles satisfactions devant eux avec la prise en main de ces outils. Pour ma part, je m’abonne à leur flux Web 2.0. Bonne continuation.

[ Cours d'amphi (suite...) ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:08

“Quelles sont les raisons de penser que la presse a un avenir sur Internet ? Vous pourrez notamment traiter des menaces et des opportunités sur le secteur de la presse, ainsi que des facteurs de succès pour une bonne offre éditoriale en ligne.”

Cela vous inspire ? Vous avez deux heures, et ne copiez pas sur le voisin.
C’est le sujet que j’ai donné à mes étudiants en L3 ACL à Nice, suite au cours sur la presse en ligne que j’ai donné fin octobre.

barbara_cours_amphi.jpg

La photo est de Barbara, un des étudiantes dans la salle, qui a même créé un album avec d’autres photos du même cours. Mais il y a aussi d’autres traces numériques : une autre étudiante a mis en ligne sur un blog ses notes complètes des 9 heures du cours.

Amusant de voir restitué un cours transmis oralement. Il va falloir que je me surveille, car si maintenant on met par écrit toutes les balivernes que je dis sans préavis, ça peut me coûter très cher :) (cf Erreur Fatale #9 de jakob Nielsen : “don’t forget you blog for your future customers”)

Après le marathon des cours d’amphi de l’automne, me voici à celui des corrections de copie. J’ai reçu hier celles de mes étudiants de Nantes (M1 Info Com) à qui j’avais donné un sujet (presque trop) facile pour qui était assidu lors des six travaux dirigés que nous avons fait ensemble (une très bonne expérience) :

“Vous êtes le webmaster éditorial d’un site web d’une association. A ce titre, vous êtes chargé de la rédaction d’un guide d’écriture à l’attention d’une dizaine de rédacteurs, peu coutumiers d’Internet. Ceux ci alimentent le site en brèves, en articles, en dossiers thématiques, etc.

Rédigez un guide d’écriture succinct (une dizaine de règles, de 10 lignes chacun environ) leur permettant d’être opérationnels.

NB : Vous pourrez choisir de faire cet exercice en remplaçant le site web par un blog, alimenté par des notes.”

Allez, hop. Vous avez 2 heures.

18/1/2007

[ Récupérer une vidéo depuis Dailymotion, Youtube etc. ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:30

C’est d’une simplicité biblique, et peut vous servir pour archiver des contenus que vous souhaitez préserver d’une suppression en ligne intempestive (vu sur Zepitt.ch).

Il suffit de télécharger VDownloader (essayer aussi ici), et d’indiquer l’URL où se trouve la vidéo, le format et le repertoire de destination.

J’ai essayé avec ma vidéo de fin d’année, j’obtiens un fichier Mpg de 2,6 Mo en quelques minutes.

capture-daily1.jpg

17/1/2007

[ Télé et plate-forme communautaire : quelle est la bonne formule...]

Classé dans : — joel ronez @ 6:13

France 2 et Google Vidéo : la fausse bonne idée ? C’est ce que se demande chouingmedia, et cela donne l’occasion d’ouvrir le débat sur l’utlisation des plate-formes communautaires par les télévisions.
En gros, mon opinion :

- les plate-formes de vidéos communautaires sont un canal de distribution de plus pour les producteurs de contenus (comme un Free, un Canalsat, Orange, etc.)

- les médias de référence doivent donc les utiliser pour diffuser leur contenu, mais en les organisant, et en permettant une diffusion la plus large possible (donc pas en bridant la fonction “bloguer cette video”).

- il n’y a pas un rond à se faire avec (le CPM communautaire est symbolique), donc on parlerait plutôt d’animation ou de service à l’audience. Or cette audience est chez la plate-forme, pas chez vous… Il faut donc trouver la bonne articulation.

- la participation des internautes doit être justifiée, et non précipitée. Il ne sert à rien de proposer à tous vents aux gens d’envoyer leurs vidéos (voir le contre exemple de M6 avec Wideo, vrac communautaire informe en marque grise, d’avantage utile à Kewego qu’à M6).

Il est surtout mauvais de manière générale d’accoler sans préavis les productions maison faites par des journalistes avec des contenus individuels. Je crois fermement au média participatif, mais pas à l’égalitarisme universel des contenus. Chacun a un statut, un usage, mais ils n’ont certainement pas la même valeur. C’est à l’éditeur à “éditorialiser” les contenus collectés, ou à organiser le débat et les échanges, en mettant à disposition d’une communauté des outils.

Sur le reste, je suis d’accord avec les constatations faites par Cédric sur l’exemple particulier de France 2: l’absence de RSS, ou de recueil de popularité des contenus est aberrant. Je rajouterais:

- l’absence de meta données et de contextualisation des vidéos (quand ? Comment ? Quoi ? Qui ?)
- l’absence de commentaires (ceci dit, vu le sujet, on peurt effetivement s’attendre à la grande fête des trolls…)
- une feuille de style qui ne passe pas sous Firefox (ou alors ils ont VRAIMENT choisis une police Times New Roman)
- la Frame moisie (on n’en fait plus depuis 1999)
Des avis ?

[ Revue de blogs, suite ]

Classé dans : — joel ronez @ 5:52

J’avais pas fini ma liste…

> [Rien à voir] Sebastien a quitté le Café & Cie, et le Café & Cie s’appelle maintenant le “bistrologue”. Désolé pour cette tranche de vie personnelle du XIIème arrondissement de Paris. Sebastien était le serveur fétiche du bar en bas de chez moi, qui change de propriétaires et d’époque. Je l’ai toujours connu dedans, j’y ai fété la naissance de ma fille au champagne au comptoir, et cette dernière a d’ailleurs presque grandi entre les tables, à siphonner une grenadine pendant que son père buvait un café en jetant un oeil au Parisien.

sebmazieres.jpg
(photo: Seb Mazières)
Si j’en parle, c’est parce-que Sebastien est en fait photographe. Il a un trés beau site en flash (même si le nombre de photos est limité, dommage). [/Rien à voir]

> Un petite définition chez e-manuel :

“Acter : Noter solenellement le résultat d’une non-décision dans un compte-rendu de réunion”

> Vers une alter-blogosphère ? C’est chez Fred.
Voici comment cela va vraisemblablement tourner : après avoir créé un rassemblement de blogueurs sur un causse du Larzac qui échouera par manque de connexion haut-débit et rupture de stock de Breizh Cola (mais dont les participants reviendront enchantés des specialités mycologiques locales), le mouvement verra une assemblée générale se tenir à la Mutualité, dont l’objectif consistera à voter une charte prévoyant de mettre en place une charte.

L’article 3 spécifiera notamment que tous les adhérents s’obligent à n’utiliser désormais pour bloguer que NotePad et CuteFTP, et que tous les billets devront être imprimés et envoyés à tous les adhérents par la poste, pour ne pas désavantager ceux qui ne disposent pas de connexion. De même, le format choisi pour le moblog sera l’argentique scanné par des rotativistes solidaires, et publié sur Internet avec des modems en bambou.
Des professeurs de mathématiques en disponibilité et des journalistes mûrs et en fin de course de plan de cession ayant découverts Internet il y a 1 an prendront en main la partie doctrinaire du mouvement avec des travaux disponibles sur un Wiki croate et des communautés de pratique noyautées par des documentalistes.

De manière pragmatique, ils mettront en place des commissions se réunissant par téléphone, avec des noms accrocheurs : “commission de lutte contre l’extrème droite”, “commission de solidarité Palestine”, “commission de lutte contre le FN”, “commission anti-Sarko”, “commission Communication”, “commission des élections”, “commission des adhérents” (ces deux dernières commissions étant principalement dédiées à garder entre les mains des fondateurs les instances dirigeantes via l’entretien d’une paranoïa anti-trotskystes, la mise au point d’un logiciel de vote truffé, la négociation secrète avec les sections “Temps Réels” du PS pour le pognon, et la distribution de points MilleMerci pour s’assurer la docilité des responsables de section).

Finalement, après avoir beaucoup discuté (23 mois) sur la nécessité de mettre en place un blog du mouvement, les alterblogueurs opteront pour un journal sur papier recyclé distribué par des coursiers précaires sous payés par une filiale néerlandaise de la Poste.

Ils se saborderont en 2009, après s’être rendu compte que tout le monde s’en foutait.

Et j’exagère à peine.

> Revenons au boulot, maintenant : Eric Delcroix organise une table ronde sur l’écriture web, c’est à Lille le 9 février, et il y a plein de gens que je connais. (Vu chez Sebastien Billard)

> pour les amateurs de cartes : la carte des temps de trajets, qui permet de visualiser un isochrone (par temps d’accès ou de correpondance). Ci-dessous, celui qui part de mon bureau au 29, rue du Louvre. Je n’en ai pas l’utilité, mais j’adore les trucs à base de cartes…(vu sur trans ID)

isochrone.jpg

> Sur un blog par jour, le principe est simple : on y signale un nouveau blog par jour. Le 12 décembre dernier, c’était mon tour (merci !). L’auteur est apparemment un vrai blogueur puisqu’il ne se relit pas : j’avais déjà été cité le 10 avril 2005 (ça nous rajeunit pas…) :)

> Michel Foucault, le livre et le réseau :

“aucun livre ne peut exister par lui-même; il est toujours dans un rapport d’appui et de dépendance à l’égard des autres; il est un point dans un réseau; il comporte un système d’indications qui renvoient - explicitement ou non - à d’autres livres, ou à d’autres textes, ou à d’autres phrases.”

Piqué sur le blog Urfist.

L’hypertexte est-il une révolution de rupture, ou juste une burette d’huile dans les rouages … ?

[ Revue de blogs ]

Classé dans : — joel ronez @ 4:20

Cela faisait longtemps, et même si ma charte informelle me l’interdit, ça fait plaisir de temps en temps de partager ses trouvailles d’agrégateurs.

> 404 Brain Not Found est en grande forme.
A propos de la campagne sur Internet :

Derrière l’angoissante question “mais comment font nos futurs dirigeants pour avoir autant de temps pour faire les pitres sur Internet” se pose la non moins lancinante interrogation suivante : les futurs candidats ont-ils bien compris que la principale caractéristique des blogs est quand même de faire beaucoup de bruit pour rien? Quelqu’un a-t-il déjà changé de bord politique en lisant le blog de Loic Le Meur ? Et franchement, réalisent-ils bien que se mettre les avatars de Second Life dans la poche, c’est rigolo mais que les bulletins de vote en kilo-octets pèsent autant dans l’élection qu’un livre d’Alexandre Jardin dans la littérature française?

En fait, depuis le dernier référendum, je crois que je n’ai pas encore repris goût à la chose politicienne. Je m’intéresse au politique historique, à l’entre-deux guerres, ou aux arcanes de la Pompidolie (les mémoires de Jacques Foccart, père de la françafrique et du SAC, ça vaut tous les podcasts de la madone du Poitou ou les publireportages de blogueurs oisifs). Mais pas au marketing de la conquête du pouvoir. Je le trouve avilissant pour tout le monde, les candidats et la masse fiévreuse de doctes commentateurs de bazar que nous sommes devenus.

J’étais un peu cynique nihiliste illuminé, je suis devenu légèrement pessismiste déçu, sans avoir paradoxalement jamais cru en rien de viable, même si je me suis beaucoup engagé.

Commenter en direct les bruits de la campagne m’apparait aussi utile que critiquer les nuages.

J’irai voter, peut-être.
Il y a peu de chances que ce soit pour le gagnant.

> Pessimisme toujours, mais peut-être pour le meilleur ? De quoi parle t’on plus bas ?

“Le point commun d’au moins trois de ces entrepreneurs: un certain pessismisme sur la capacité de réorganisation des médias traditionnels et une foi préservée dans l’avenir de l’industrie de la presse d’information.”

C’est Emmanuel, à propos des projets innovants de presse 2.0 qu’il recense. A noter qu’il substitue de manière volontariste, comme Benoit déjà connu pour en faire son cheval de bataille et qui reprend la balle au bond, le terme de “journalisme citoyen” enterré depuis début 2006 par toute personne sérieuse, pour lui préférer “média participatif“.

Je souscris à la tendance que décrit Emmanuel :

“un journalisme participatif qui revendique l’encadrement éditorial et la participation”

Benoit rajoute :

“les nouveaux médias que nous verrons émerger en 2007 ne se démarqueront pas par leur production originale mais par leur ligne éditoriale. Des médias légers, mais à forte identité, qui exploiteront les contenus générés par les utilisateurs en les éditorialisant et en encadrant les internautes.”

Tout le débat va maintenant porter sur les modalités de cette “exploitation”. Je nuancerais en partie ce que dit Benoit : je reste persuadé qu’il ne peut y avoir d’exploitation sans production originale, et que les deux sont primordiaux. La fonction de primo-offreur est à mon avis une composante essentielle de l’offre éditoriale à valeur ajoutée. Et là aussi, il y a de la place pour l’innovation…

16/1/2007

[ Au Maroc, la mort silencieuse... ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:58

Mohamed attire a l’instant mon attention par courriel sur l’enquête qu’il vient d’effectuer à Anfgou, petit village marocain du Haut-Atlas oriental, pour le Reporter, un hebdomadaire marocain. Frappés d’une “mort mystérieuse“, plus de 26 personnes dont 24 enfants ont été enterrés dans la misère ces dernières semaines.

Voici la vidéo qu’il a tourné la-bas. Ces tombes trop nombreuses couvertes de branchages dans ce paysage de vallée hivernale sont une vision terrible.


Maroc : une maladie tue 26 bébés
Vidéo envoyée par zainabi

[MISE A JOUR - Jeudi 18 janvier, 11h08 : le bouche à oreille a l'air de marcher, car la vidéo avait été vue 2 600 fois mardi, plus de 5 000 hier, et deja 7 520 ce matin]

Extrait de son article :

“Le petit Mohamed et les autres sont décédés après avoir vu leur état de santé se dégrader rapidement à cause d’un refroidissement. Pour la plupart, ils sont partis sans avoir pris de médicaments ni consulté de médecin de toute leur vie. Pour la plupart, ils n’ont jamais été vaccinés. Pour la plupart, ils ne savent pas à quoi ressemble un vaccin, un médecin, un hôpital, une vraie vie…

À Anfgou, pour 1500 habitants, il n’y a ni hôpital ni Centre de santé, ni médecin, ni infirmier. Il n’y a ni ambulance ni sapeurs-pompiers. Il n’y a ni téléphone fixe ni réseau pour le téléphone mobile. Il n’y a pas de gendarme non plus. Le seul représentant de l’autorité de Rabat sur la localité est le garde forestier. L’eau est ici rare et l’électricité inexistante parce que trop coûteuse pour une population qui vit, avec dignité, dans l’indigence la plus absolue.

Ce qu’il y a par contre dans cette région : de nombreux polygames, une progéniture abondante, une cédraie à perte de vue, le chêne vert par endroits, des mules surexploitées, des mouflons que personne n’a le droit de chasser, des sangliers mangeurs de pommes de terre, une classe délabrée qui sert d’école primaire et un cimetière « artisanal » qui s’étend de jour en jour à l’orée de masures couleur de terre. Cet endroit macabre est le plus fréquenté ces jours-ci.”

Je connais bien Mohamed. Je le considère comme un ami. J’ai travaillé au printemps dernier avec lui. Nous formions des journalistes marocains à l’écriture web. C’est d’aileurs lui qui a traduit en arabe les 44 conseils pour écrire sur le web de Jean-Marc.

Alors que le temps est à l’orage pour les journalistes marocains, Mohamed est la preuve vivante que les convictions sont parfois heureusement plus fortes que la résignation (je pense, en disant cela, aussi à Rachid). Mohamed aime profondément son pays, mais se désole de le voir parfois brimé par l’apathie, le poids des traditions aveugles ou l’inconsistance de ses élites.

Il fut trés engagé sur le front syndical, et l’est aujourd’hui sur celui de l’information d’initiative personnelle. Sa parole est libre, et l’usage qu’il fait d’Internet (Blog+Dailymotion+alerte courriel) est l’évidence manifeste pour comprendre enfin qu’il n’y a de fracture numérique que dans la tête de ceux qui veulent encore croire à l’ancien monde.

[ Michel Serres dans Médias de décembre ]

Classé dans : — joel ronez @ 6:48

Avec les vacances, la rentrée, les maladies de l’hiver de la petite, j’ai oublié de vous parler de l’entretien pétillant qu’à accordé Michel Serres à Médias. C’est en page 93, je le sais, car j’ai même acheté le numéro électronique sur le kiosque virtuel Relay (voir avis primo-utilisateur très bientôt).

Rien de transcendant pour les spécialistes, mais quelques petites pépites de vulgarisation jouissives, que je dédie à tous les pisses-froid anonymes qui se maintiennent sans raison apparente dans un état de bougonnerie servile face aux chambardements cataclysmiques “du numérique” (dans les années 90, on disait NTIC).

Quelques larges extraits, de l’entretien mené par Alain Barbanel et Daniel Constantin (on leur pardonnera des questions bateaux, car ils avaient un bon client en face d’eux :) ) :

Que répondez-vous à ceux qui regrettent la perte de la culture du livre, de l’écriture ?

Cette espèce de sanglot sur le passé ressemble curieusement au professeur de la Sorbonne qui parlait latin et qui voyait l’arrivée de l’imprimerie comme une perte de pouvoir puisque tout le monde pourrait avoir des livres. Je suis du coté de Montaigne, de Rabelais, les autres du coté du professeur de Sorbonne… [...]

Mais la toile peut aussi représenter la pire des choses.

La bibliothèque nationale aussi ! On y trouve “Mein Kampf”. Si vous dites que le livre est propre et la toile est sale, je ris. On dit que Gutenberg a commencé par imprimer la bible, mais on ne dis jamais quel était le second ouvrage qu’il a imprimé. Tout le porno y est passé, et le violent aussi. [...]

Le spectacle a donc tué l’information ?

Ne prenez pas ça pour une critique, je n’ai rien contre le spectacle. Que la politique ou que les médias deviennent du spectacle, c’est aquis depuis Louis XIV. Versailles était le lieu de l’opéra-bouffe du pouvoir. [...] L’essence du spectacle, c’est la tragédie, la terreur et la pitié. Aristote le dit. Et naturellement, les directeurs de télévision ont tous lu Aristote.

La presse écrite est en crise aujourd’hui. Pensez-vous que les nouvelles technologies participent à sa disparition ?

[...]Qu’il y ait un lent changement de support, c’est possible. Mais je peux démontrer, en tant qu’historien des sciences, qu’au moment où on a inventé l’imprimerie, où l’on a perdu totalement le “manuscrit”, c’est à dire la fonction d’écrire, on a inventé la scien ce moderne car on n’avait plus besoin de cette mémoire encombrante.”

Sur lafracture numérique” (bouhh, quel vilain terme), après avoir expliqué qu’il revient du Pérou, et que les villages andins ne nous ont pas attendus pour avoir leurs cybercafés :

“La grande fracture vient de l’écriture, et des historiens qui ont exclu les gens sans ecriture. Elle n’est pas comblée.

Sur le fait que le net va remplacer le livre” :

“Il n’est pas complétement sûr qu’un support détruise son précédent. Nous avons écrit, cela ne nous a pas empêché de parler. Nous avons imprimé, cela ne nous a pas empêché d’écrire. Nous disposons de nouvelles technologies, cela ne nous empêche pas d’imprimer [...]. Il y aura sans doute quantité de dégats, mais je ne suis pas complétement sur que le livre soit mort. [...]

J’ai passé vingt ans à quatre patte dans les dossiers et la poussière à la recherche d’un article écrit autrefois… Maintenant, je n’ai qu’à appuyer sur un bouton, et j’ai l’article. Il vaut mieux une pelle mécanique qu’une pelle à main. C’est la première fois qu’on nous arrange la vie.
Avant, on n’arrangeait la vie que des ouvriers du chantier de mon père. Maintenant, on arrange la mienne, je ne vais pas m’en plaindre. Vous n’arriverez pas à me faire pleurer.”

Entretien réalisé dans la revue “Medias” #11, décembre 2006.
Disponible en ligne sur le kiosque électronique Relay

Voir aussi le blog médias.

15/1/2007

[ Humour pharmaceutique ]

Classé dans : — joel ronez @ 12:50

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se marrer avec une notice de médicament :

“CONDUITE A TENIR EN CAS DE SURDOSAGE
La forme suppositoire rend cette éventualité improbable.”

(Coquelusédal Enfants)

coquelusedal.jpg

[ Benchmark : Forum "web 2.0" en mars, et séminaire réseaux sociaux ]

Classé dans : — joel ronez @ 12:40

J’anime une journée de séminaire sur les réseaux sociaux au Benchmark Group à Boulogne, le 26 mars 2007:

“Comment exister efficacement au sein de réseaux tous interconnectés ? Comment tirer parti des possibilités infinies de croisement de données, de cooptation ou de constitution de groupes d’utilisateurs ciblés ? Ce séminaire a pour objectif de vous donner les clés pour décrypter le fonctionnement, les atouts et techniques des échanges sociaux numériques, notamment via les plates-formes dédiées (MySpace, Viadeo, Vox, Xing).” Voir descriptif complet.

Cette journée précède le Forum 2.0, qui a lieu le 27 mars au Pavillon d’Armenonville, que je vous recommande vivement. Les thèmes sont assez bien choisis, et les intervenants sont, en partie du moins, un peu différents de d’habitude. Outre mon vénéré confrère Padawan, vous y entendrez Joël de Rosnay qui devrait refaire son toujours impressionnant numéro sur l’homme bionique, en compagnie de Fred Cavazza (qui parle aussi souvent de réseaux sociaux, et est le vulgarisateur zélé de l’identité numérique). Mais on y entendra aussi Microcost, Critéo, MyBlogRD, etc. On y parlera aussi d’ergonomie, d’attentes de professionnels et d’utilisateurs, avec des résultats d’enquètes.

[UPDATE - 16 janvier, 16h20 : J'ai oublié de vous signaler le séminaire "blogs et wikis, améliorer le partage d'information sur Intranet", que j'anime toujours chez Benchmark le 2 février. C'est la troisème édition de ce programme toujours très dense...]

10/1/2007

[ C'est mon anniversaire ]

Classé dans : — joel ronez @ 12:58

Et pour la peine, je fais péter la liste “envie cadeaux” de chez Amazon (et ne le dites pas à Christian…).

[MISE A JOUR - 15h22 : je viens de me faire un petit cadeau : un pull soldé chez Bill Tornade, et je suis ressorti de la cabine d'essayage habillé pour l'hiver, avec le petit dialogue authentique qui suit :

- Moi : ça va, la taille ?
- La vendeuse : C'est du XL ? Oui, ça vous va. Malheureusement.

Je n'avais pas fait de résolutions, mais je crois que je vais m'y remettre]

6/1/2007

[ 5 (nouvelles) choses que vous ne savez pas sur moi ]

Classé dans : — joel ronez @ 2:59

Emmanuel m’a donné l’occasion de sortir doucement de cet alanguissement hivernal via un petit questionnaire viral en bois. Or, en fouillant mes archives, je viens de m’apercevoir qu’on m’avais deja refilé un truc approchant. Voici donc 5 autres trucs incroyables sur moi.

1- J’aime bien regarder les films français policiers des années 70, principalement parce-qu’on y entend souvent de la bonne musique funky d’ascenceur, et qu’on y voit des voitures aujourd’hui disparues (Renault 16, 17, 20, Simca 1000, 404, tubes Citroën, GS et autres clous sacrifiées par le renouvellement sécuritaire des espèces). J’ai cependant horreur des films français en général (”deux couples à la croisée des chemins font le bilan de leur vie lors d’un week-end où les gens et les évènements vont s’entrecroiser, bla bla fait chier je vais me coucher, etc…“) mais je suis fan de films de sous-genre (film de sous-marins, de Maison Blanche, de prison, de complot du FBI, etc.)

2- J’aime le vin, et en particulier le Bourgogne (Aloxe-Corton, Savigny, Nuits-St-Georges). La charcuterie aussi (paté, saucisson, rillettes, jambon de pays), et le fromage (le plus fort et je mange même la croûte). Tous les trucs que mon médecin m’a demandé d’arrêter dans mon propre intérêt après avoir lu un résultat d’analyse médicale.
3- J’ai vécu un an à Manchester en Erasmus, en 94-95. J’avais choisi cette ville parce-qu’Eric Cantona y jouait (par ici pour une anthologie). C’est d’ailleurs la-bas que j’ai découvert Internet, et c’est avec Emmanuel que j’ai d’ailleurs échangé mes premiers mails. Je n’y ai pas fait grand chose (si vous avez vu l’Auberge espagnole, c’est à peu près ça), mais je garde à mon actif un des plus longs pub crawl (3 miles et 22 pubs).

4- Mon père a été ingénieur du Génie rural et des Eaux et Forêts, comme mon grand-père et arrière grand-père maternel. Mon grand-père paternel a fait la guerre dans la marine, où il a participé au bombardement de Gênes, puis à la recherche du croiseur Bismark dans la mer du Nord (qu’il a été heureux de ne pas trouver, car toute leur flotte se serait a priori fait déchirer).

5- Quand j’étais jeune, j’ai aussi appartenu à l’association JPresse, que j’ai même présidé comme M. Ecosphère (voir ici le point 5 avec tous les détails), et qui organisait un festival de fanzine et journaux lycéens à Poitiers.

Bon, je refile le truc à François (qui avait déja décliné la dernière fois, et qui le remplira en rentrant de vacances cubaines), à Olivier (qui est toujours dans les langes), à ma soeur (qui trainasse sur son blog depuis septembre), à Salima (qui vient de sortir son troisème livre, sur les greniers collectifs du Maroc), et à Benoit, qui va avoir bien du travail cette année.

[MISE A JOUR - Mercredi 10/01,  15h27 : suis-je bête ? J'avais oublié Manu Causse...]

2/1/2007

[ Les sables de la fin de l'année ]

Classé dans : — joel ronez @ 3:40



Pointe du Hourdel, Cayeux sur Mer. 30 décembre. Entre l’Océan et la baie de Somme. Dans un de ces endroits de fin du monde, où seul le vent vous remplit d’espérance.

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