[ Livre à la découpe ]
C’est (bientôt) parti, affirme Olivier, qui l’avait déjà évoqué dans sa contribution aux Cahiers de la Librairie. Voici ce que j’avais dit pour ma part dans la mienne, en décrivant la rupture dans le rapport au temps née de la vie sous Internet :
“Dans le domaine de la presse, c’est l’espagnol « 24 Horas », qui a ouvert le bal de la version en ligne téléchargeable et actualisée toute la journée. Ainsi, deux personnes téléchargeant et imprimant le même journal à 1 heure d’intervalle n’ont pas entre les mains le même contenu, mais le contenu le plus approprié par rapport au moment de leur demande.
Alors qu’une imprimante encore expérimentale peut fabriquer (entendre imprimer, relier et massicoter proprement) un livre en quelques minutes sans intervention humaine , nous devons rapidement imaginer le moment où les encyclopédies aurons elles aussi des centaines ou des milliers d’éditions dans l’année, où l’on pourra commander uniquement le chapitre consacré à la lettre C du Larousse, ou la version de mai du «Lonely Planet» sur le Vietnam.
Ces machines feront vraisemblablement le bonheur des bibliophiles, qui tels les philatélistes seront à l’affût des micros éditions unitaires rares. Mais la possibilité grégaire de se retrouver collectivement dans un exemplaire symboliquement partagé avec des milliers d’autres lecteurs disparaît avec l’exigence absolue de disposer d’un contenu correspondant à son contexte temporel.”
Et un peu plus loin, confrontant le livre à l’ère de l’hypertexte :
“Un des défis les plus difficiles à cerner dans l’avènement de la culture numérique d’aujourd’hui concerne les coups de boutoirs portés à l’unité légitime de contenu. Le livre (entendre : un ensemble de pages non modifiables et indivisibles) a traversé les siècles, pour se retrouver aujourd’hui en délicatesse avec la culture du fragment.
L’hypertexte valorise les contenus parcellaires, en pointant vers des zones précises d’un ensemble de textes, d’images ou de son. La notion de «téléchargement» est presque obsolète avant d’avoir vécue. On ne s’intéresse pas à un corpus, mais à une brique.
De la même manière que Radio Classique diffuse le boléro de Ravel raboté à ses derniers mouvements, que l’on achète plus des albums mais des titres, et qu’on ne visionne plus des films, mais des séquences, le livre sera-t-il réduit à ses pages ?”
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