[Si j'ai choisi de publier ceci sur mon blog, et pas sur celui du Secours populaire que j'anime, c'est que je ne veux pas impliquer toute l'association derrière ces propos. Vous pouvez adresser vos commentaires indifferemment sur les 2 blogs. J'ai pris la parole en interne, et je continuerai à le faire. Mais je suis solidaire sans nuances à l'extérieur vis-à-vis de tous les amis de l'association, dont beaucoup sont impliqués bien plus que moi.]
Je suis bénévole et membre du Comité National du Secours populaire. Lundi dernier, comme d’habitude, je ne regardais pas TF1.
Le lendemain, le blog et surtout le forum ont connu une hausse vertigineuse de la fréquentation. Bien pire que lors de notre dernière crise de communication.
Avec Mathieu, le webmestre, nous avons choisi de ne pas intervenir et de ne modérer que les posts injurieux ou mettant en cause des personnes. Comme on s’y attendait, les messages réprobateurs ont laissé petit à petit la place à des commentaires plus mesurés.
Mais tout cela a laissé des traces. Certains d’entre nous se sentent salis par ce reportage à charge, exploitant un filon porteur (la polémique sur les dons), et monté au mépris de l’honneteté.
Trois exemples :
- Une scène, particulièrement assassine, montre le directeur du SPF répondre "0" au nombre de permanents présents en Thaïlande aujourd’hui. Pas la suite de la phrase explique pourquoi : nous envoyons réguliérement des équipes, mais nous n’avons pas pour vocation à apprendre aux pauvres comment faire. Nous n’envoyons pas comme certaines gouvernements des coopérants expliquer aux autochtones comment reconstruire leur propre pays. Nous menons des programmes de long terme, via des associations locales que nous finançons sur des durée trés longues. Pour mémoire, en plein coeur de l’hystérie tsunamique, nous avons envoyé une équipe à Bam, en Iran, où nous finançons des programmes de reconstruction. Qui se souvient qu’à Bam un tremblement de terre a fait 30 000 mort il y a 3 ans ?
- Une volontaire de la fédération de l’Aveyron nous a bousillé face caméra parce-que nous n’avons pas financé son projet. Mais nous recevons des milliers de demandes de financements, de la part de locaux, de fédérations du SPF, d’autres associations… Celles-ci sont instruites par notre service monde, des associations et doivent parfois recueillir l’aval des autorités ou des réglementations locales. Son projet n’avait a priori pas été retenu. C’est notre honneur de sélectionner à qui nous distribuons cette aide, y compris lorsqu’elle émane de nos bénévoles. C’est vraisemblablement une négligencede n’avoir pas demandé le rapatriement de cette bénévole par sa fédération. Mais le SPF est une association décentralisée. Ce sont les initiatives qui naissent avant les grandes décisions. C’est notre force, et dans ce cas notre faiblesse…
C’est comme cela depuis 60 ans.
- Enfin, comble de l’amalgame pour débiles légers, le reportage expliquait complaisament que l’argent non encore dépensé ou en attente d’être versé était placé en SICAV à 2%. Est-ce que TF1 voulait vraiment que nous faisions cadeau des intérêts à nos banques ? Croit-il que le Secours populaire finance des halls en marbre avec ces intérêts ? Nous prend-il pour des demeurés ? Oublie t’il qu’en tant qu’association reconnue d’utilité publique et habilitée à recevoir dons et legs, Grande Cause Nationale 1991, nous sommes soumis au contrôle de la Cour des Comptes ?
Je ne peux pas mettre tout le dégoût qui m’accable uniquement sur le dos de TF1 . D’abord parce-qu’avec le temps j’avais réussi à leur pardonner leur médiocrité sale: contrairement à celle de France 2, elle ne me coûtait rien.
Je ne peux pas non plus en vouloir aux journalistes qui ont fait le sujet. J’aimerais juste qu’ils avouent sans honte leur piteux statut d’intermittents du spectacle, sans montrer leur carte de presse comme un fanion. Qu’ils admettent que s’ils tirent des grosses ficelles, c’est pour manger, pas pour informer.
Je ne peux qu’humblement admettre qu’une fois encore, on s’est fait enfoncer sur notre point faible : notre capacité de communiquer de manière professionnelle. Nous n’avons pas de culture de la gestion de crise médiatique. Nos crises à nous, ce sont les torrents de boue, les tremblements de terre, des famines, les invasions de criquets, et surtout cette fameuse crise permanente dans laquelle on se débat depuis toujours, celle qui fait que les enfants ne partent pas en vacances, qu’ils ne savent pas lire, que leurs parents sont malades, usés par la vie pourrie qu’on leur a accordé.
Cette crise de valeur démente et iréelle qui fait qu’aujourd’hui la vérité du peuple est concédée à TF1.