Je forme en ce moment les rédacteurs web du site d’un ministère. Comme à chaque fois que j’interviens pour le compte d’un gros site (=beaucoup de contenu, mises à jour fréquentes, éditeur important), je suis surpris le manque de soin général dans la forme.
Je m’explique : lorsqu’une plaquette à destination du public ou un dossier de presse est édité dans un ministère, j’ai peine à croire qu’il ne soit pas relu 100 fois, que chaque mot soit pesé, soupesé, que la mise en page soit faite et refaite, et qu’au final soit effectué un savant compromis entre mission d’information relevant du service public, et propagande politique.
Mais sous prétexte qu’on est sur le web, on oublie les fondamentaux. On fait de vagues copier/coller, on bricole, on improvise… Avec au final une audience parfois égale ou supérieure au support papier.
Voici quelques éléments d’explications, mais aussi quelques nuances :
> Si je forme les rédacteurs à la rédaction web, c’est bien qu’il y a un besoin (et heureusement, cela me fait travailler…). On ne peut donc demander aux gens de posséder d’emblée un savoir-faire. Mais je reproche d’avantage un état d’esprit qu’un manque de connaissances techniques : celui de la moindre rigueur.
> Le web est considéré comme un support “ouvert”. Il peut être modifié à tout moment. Les rédacteurs se disent donc qu’ils pourront toujours revenir sur les imprécisions, les coquilles etc… D’un seul coup, ils oublient tous les bons réflexes qu’une sanction économique (pilon, réimpression, contentieux) leur imposait sur le papier.
Je tiens solenellement à le réaffirmer ici très fort : il s’agit d’un contresens.
- d’une part parce-ce que l’archivage des versions, parfois fait par des tiers (cf archive.org ou le cache de Google) archivent aussi les erreurs
- d’autre part, parce que le respect de l’audience est valable à partir du premier visiteur. Votre public n’est pas une communauté de débuggeurs ! Si ce n’est pas par respect pour lui, alors pensez au moins à respecter votre propre image.
> Le public n’a pas le monopole de ces errements. Certains seraient d’ailleurs surpris de voir les montants investis dans le secteur public en système de publication web et surtout en formation des agents. Par contre, dans bien des PME, on oublie son web dans un coin, on le laisse en jachère, en se disant qu’on finira bien par s’y remettre…
Pensez-y : une plaquette papier “pas terrible” n’a qu’une faible validité dans le temps et l’espace. Un site web pourri par contre vous suivra partout dans le monde pendant des dizaines d’années…