25/7/2008

[ Lotus Domino, abération contemporaine ]

Nulle autre création humaine que Lotus Domino ne peut illustrer aussi efficacement la notion de spécifications inutiles et de faillite ergonomique. Et faire rire tes amis qui ont Gmail à la place.

La capture ci-dessous a été faite ce vendredi 24 juin 2008, à 1h10. Elle représente le menu déroulant s’affichant sous la commande “répondre”, lors de la lecture d’un mail (qui chez Lotus s’appelle “mémo”, allez comprendre).

Si comme moi tu es plongé dans des abîmes infinis de perplexité à la vue de ces choix pléthoriques, alors tu me rassures. Là où nimporte le plus minable des tâcherons de concepteur aurait avec raison opté pour deux boutons “répondre” et “répondre à tous”, le designer de cette interface homme-machine a voulu prouver que dans le binôme susnommé, force doit rester à la machine, et sans doute qu’il avait de plus grosses couilles que le premier venu.

Il a donc eu cette brillante idée d’encascader des choix d’un usage saugrenu, au cas où quelqu’un aurait l’idée encore plus saugrenue de s’en servir.

Car, même avec 42° de fièvre et une turista affectant notablement la faculté de raisonnement, on ne peut se figurer sérieusement qu’un usager va vraiment éprouver dans sa pratique l’une de ses options (ma préférée restant définitivement la “réponse à l’expéditeur avec historique de type internet“, qui a peut-être quelque fans dans la péninsule du Yucatàn, ça doit être pour ça que je peux pas comprendre).

Il y a également beaucoup à dire également sur les choix graphiques effectués par les équipes de développement de ce logiciel, principalement avant 1987, car selon toute vraisemblance tout travail sérieux a du être stoppé à cette époque.

On résumera ici la Dogma Lotus Domino en matière de design, vous allez voir, c’est assez succinct :

  • tous les pictos seront bannis, sauf trois : la corbeille (pour mettre un message à la poubelle), l’imprimante (pour le mettre à la poubelle aussi, non je déconne, c’est pour imprimer), et la flèche rotative (pour relever le courrier, ce que Lotus appelle réellement “mettre à jour la vue actuelle”, c’est plus simple). Ces pictos seront limités à 10 pixels de coté, grand max, c’est à dire plus petits que le pointeur de la souris, et en une seule couleur.
  • à la place des pictos, priorité sera donnée aux libellés en mode texte, tous redondants, écrits petits, et utilisant une terminologie exclusive à Lotus. Si possible, les termes utilisés pour désigner des choses seront différents dans la version Webmail (Domino) que dans la version client-serveur (Notes, oui, ça existe aussi) : par exemple dans un cas on parlera de “mémo”, dans l’autre “message”, pour désginer ce que l’humanité appelle “e-mail”.
  • le choix des couleurs se résumera à une : le beige pas beau.
  • pour ouvrir les “mémos”, le logiciel fera appel à un pop-up immédiatement bloqué par les fonctionnalités de protection contre les fenêtres publicitaires intempestives. Le délai d’ouverture sera réglé sur “très long”, pour laisser gouter à l’utilisateur le frisson de l’attente.
  • la saisie semi-automatique (ou auto-complétion) des adresses mails sera prohibée, et toute tentative de constituer un carnet d’adresses (et a fortiori de l’utiliser) sera découragée par des manoeuvres dilatoires (la première étant l’impossibilité de consulter ses contacts en mode distant).

Je vous laisse continuer ce catalogue, en rappelant qu’il n’y a ici que de l’authentique.

[UPDATE 24 juillet, 23h : je viens de pleurer de rire tout seul en lisant quelques unes des 80 raisons pour lesquelles "Lotus Notes Sucks", grâce à Padawan. Ne manquez pas cet extraordinaire "Poorly Designed Icons", ou le "Mail Message Shortcut Menu" ]

5/12/2007

[ Ziki : retour de frame, suite ]

Après Orange rugby, nous decernons ce mois-ci la palme de la technique de navigation la plus laide à Ziki, et sa magnifique frame.

capture écran de la page Ziki de joel ronez

Là, tout est normal. On clique sur l’adresse de mon blog, à droite de ma photo, et….

capture ecran de la page ziki qui contient une frame, dans laquelle s'affiche le blog de joel ronez

… c’est le drame.
Et j’ai les preuves : un vrai frameset des bois !

capture ecran sur code source comportant un frameset

J’ai peur que tout cela soit motivé par une idée vraiment audacieuse : comptabiliser le visiteur alors qu’il navigue sur un autre site ! Diabolique !!! Inouï !!! J’avais bien entendu ça en 1996, mais je savais pas que cela se faisait encore “à l’heure du web 2.0″…

Rappel :

Libellé :

Le site n’emploie pas la technique des frames.

Objectif :

- améliorer la consultation et la navigation pour les personnes handicapées
- éviter les problèmes d’impression ou de mise en favoris
- améliorer le référencement en évitant l’indexation de pages orphelines

Opquast, fiche bonne pratique N°7

18/10/2007

[ Le GrenelleGate ]

Classé dans : — joel ronez @ 11:01

Enfin, y’en a enfin un qui s’est énervé : arrêtons d’utiliser “Grenelle” comme un synonyme d’”états généraux” ou de “conférence multipartite”. C’est vraiment trés pénible, d’autant que ça fait tâche d’huile (certains parlent même de contre-Grenelle, et pourquoi pas de grenellier, grenelliste, ou de grenellisation).

Cela me fait penser à l’horrible suffixe “-gate” utilisé jusqu’à pas longtemps pour désigner un scandale (analogie avec “Watergate”, du nom d’un hotel à la con, qui était un peu le parangon du scandale dans son genre) : l’Angolagate, l’Irangate, etc. L’expression est tombé en désuétude, car elle devenait pénible à pronconcer au-dela de 2 syllabes, avec des consonnes à la fin, ce qui nous a épargné l’EADSgate, le Clearstreamgate, le Denis Gautier-Sauvagnacgate, l’UIMMgate, ou le Cécilia-Ciganer-AlbénizGate.

21/9/2007

[ Pour la fin des P.A.L.C. (Proxys à la con) ]

Classé dans : — joel ronez @ 3:16

Vous travaillez dans une entreprise ou une collectivité de taille respectable : il y a de fortes chances que l’usage d’Internet ne vous soit sabotée par un PALC (Proxy à la con). Le tour de la question en quelques points, sous l’inspiration d’une note récente de Tubbydev.

Le PALC, c’est quoi ? Le Proxy à la con (PALC) est un dispositif astucieux qui sous couvert de préserver la compétitivité de l’entreprise permet d’obtenir le résultat strictement inverse. En voulant empêcher le salarié de digresser sur des sites dévolus aux loisirs et la discutaille, on le prive en général d’une source d’information nécessaire à l’exercice de son travail.

Le PALC, comment ça marche ? Tu tapes une adresse, et à la place, le navigateur te dit gentiment que tu peux aller te faire foutre, et que ça se passera pas comme ça, non de non. Par exemple, tous les sites à dominante sociale (Dailymotion, Youtube, Myspace, et il parait parfois jusqu’à Typepad) sont  bloqués, avec un message culpabilisant, indiquant que c’est pour “des raisons de sécurité” (pour ton bien, quoi). C’est vrai que dans le métier, on sait tous que des virus épouvantables peuvent infecter ton disque dur si tu regardes une vidéo en ligne, c’est bien connu.

Le PALC, à quoi ça sert ? Principalement à renforcer le sentiment de toute puissance du service informatique qui se fait plaisir à mettre en place des solutions technologiques hors de prix et à jouer au caniche de la direction en lui garantissant un degré de moralité de ses ouailles. Accessoirement, cela fait le bonheur d’éditeurs de logiciels et de SSII qui n’en demandaient pas tant. Parfois, on oppose aussi la préservation de la bande passante comme argument valable, sans réfléchir au fait que l’investissement dans un upgrade de tuyaux couterait peut-être moins cher que dans le moyen de bloquer les données qui passent dedans. Mais pour ça, des fois, il faut réflechir.

Est-ce qu’on peut rire avec le PALC ? Oui, trés. Par exemple, avec un proxy qui bloquerait Typepad, on ne peut pas visiter le site du club informatique des grandes entreprises françaises (Cigref), ni accéder à la veille faite par l’agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie (Ademe), qui sont on le sait de dangereux séditieux rigolards fumeurs de joints. J’ai aussi vu des consultants en communication ne pouvant aller sur des sites de leur propres clients. Ou bien des chefs de produits d’opérateurs de télécommunication ne pouvant se rendre sur des espaces achetés par leur propres régies. On m’a aussi cité le cas du service design produit d’une chaine d’articles de sport qui ne pouvait pas faire de veille sur les articles équestres parce-que le mot “cravache” etait bloqué. Je pense que le nombre de cas ridicule est immense, et si j’ai 5mn, j’ouvre un wiki exprès.

Finalement, c’est quoi le problème principal du PALC ? Si vous le corrélez avec le fait que les postes de travail sont bridés et utilisent des solutions logicielles indéxées sur des pratiques comptables (l’amortissement à 3 ans, ou le crédit-bail à 36 mois) plus que sur des besoins utilisateurs, et bien vous obtenez un paradoxe puissant : les gens sont mieux équipés chez eux pour glander sur Internet qu’au bureau pour travailler et produire de la valeur ajoutée. Un peu comme si un chauffeur de taxi utilisait une Lada pour charger ses clients, pendant qu’un Mercedes attend dans son garage d’aller à Auchan le samedi.

Mon entreprise a un PALC, qu’est-ce que je peux faire ? Rien. Juste te plaindre à la direction des systèmes d’information qui te dira que c’est “pour des raisons de sécurité”, et te conseillera d’aller te servir un café à la machine.

Mais si c’est encore une fois eux qui nous empêchent de bosser, ne pourrait-on pas dissoudre carrément les directions des systèmes d’information, pour gagner du temps ? Oui, c’est une très bonne idée. Merci mon petit de m’avoir posé la question, je sens que je vais encore me faire des amis. Si j’étais pédégé d’un gros machin avec plein de salariés dedans, je dissoudrais effectivement la direction des systèmes d’information pour la scinder en plusieurs unités : le parc et les réseaux (les trucs deja outsourcés), les applications industrielles (appli métiers), la gestion commerciale (la facturation, CRM), et les outils de communication (sites, blogs, wikis, etc.). Je supprimerai le poste de directeur des systèmes d’information, pour rattacher ces petites unités aux services suivants : services généraux, directions des opérations, directions générale ou administrative. Pour les outils de communication, je créérai des petites unités sous la responsabilité de chaque pôle. Le seul lien entre toutes ces unités serait une direction des achats, qui n’aurait qu’une fonction logistique et de négociation, mais à qui on interdirait de faire la moindre préconisation. Et éventuellement un pôle R&D et veille, avec 2 documentalistes et un ingénieur chargés de faire le point sur les usages et dispatcher des infos aux autres services. Voila. J’avais bien dit que le me ferait des amis.

17/9/2007

[ Orangerugby : le retour de frame ]

Classé dans : — joel ronez @ 1:07

Orange a lancé Orange Rugby, un site thématique martelé par une campagne de pub omniprésente. Petite revue en 3 points de la loose Internet.

#1 : Comme Jérôme et moi, on a mauvais esprit, on a essayé de se connecter dessus avec nos mobiles à la mi-temps (mobile = le terminal qui correspond au métier de base de Orange). Impossible. A la place on a un message du Relais Internet qui nous indique qu’il détient le domaine, et puis un lien vers une page que l’on ne peut pas lire via un mobile (ni sur SFR Vodafone, ni sur Bouygues i-Mode, on n’avais pas de Orange pour tester).

#2 : Comme je me débrouille aussi trés bien sans Jérôme pour avoir mauvais esprit, j’ai été sur le site en question. Je propose donc illico la saisine du Conseil européens aux droits de l’internaute et à l’accessibilité. Le site est en flash, les vidéos des pubs avec Zidane et Galthié (au demeurant assez sympas) sont visible via un menu déroulant de la forêt des Carnutes, qui permet de visionner un magnifique écran noir. Et le fin du fin, une magnifique Frame (dispositif abandonné en 1997 ou a peu près) en haut de page, pour l’accès au menu abonné Orange.

Ce qui me sidère, c’est d’imaginer que toutes les sommes faramineuses investies pour de l’annonce antenne, des 4X3, des parrainages et du teasing sur une campagne avec un footballeur dont le cachet doit coûter le PIB de l’Amérique centrale, tout ça a pour but d’amener sur un site aussi ridicule qui n’a pas d’âme, pas d’intérêt, pas de dispositif de fidélisation ni de captation de clientèle.

#3 : Commme je suis tétu, en plus d’avoir mauvais esprit, j’ai essayé de taper orangerugby.com, pour voir. Oui, je sais, c’est petit. Résultat : Orange n’a pas pensé à faire une petite redirection, tout occupé qu’il était à faire son site de daube.

capture ecran d'une page signifiant que la redirection n'est pas effective
Je traduis :”le propriétaire du domaine s’est endormi,
il a trop de pognon a dépenser dans les campganes de pub,
et il s’en branle du site web, pasque lui il fait des trucs sérieux
comme des spots très chers avec des stars”

Si j’interroge le Whois de Nordnet, on voit aussi très vite qu’Orange n’a déposé qu’un seul domaine, et laissé les autres en jachère, dont le .mobi. C’est que le site doit vraiment être une priorité de l’entreprise, hein ?

capture ecran montrant qu'un seul domaine est déposé

A croire que c’est la même équipe que lestéléchargements.com qui a fait le coup :)

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