Aujourd’hui, c’est Blog day, et pour la peine, je vous recommande 5 bouquins lus recemment ou non, pour arrêter 5 minutes l’under-culture instantanée dans laquelle on se complait à se vautrer. Je sais, c’est dur, car la plupart des références ci-dessous ne disposent pas de flux RSS, et donc ça se lit assez mal avec votre agrégateur, bande de geeks. De plus, l’usage du lien hypertexte vers des pages en papier n’est pas encore très au point, aussi, je me suis cassé le tronc à recopier des passages, alors faites moi le plaisir de lire voluptueusement lesdites recommandations, petits flemmards.
> Temps machine, de François Bon (Ed. Verdier). Chroniques du crépuscule industriel metallique à l’aube d’une vie d’auteur. Rien que pour cette évocation du soir de labeur intérmaire, au camping où l’on “ouvrait une boite comme cassoulet ou choucroute, chacun la sienne d’un kilo et dès le sac de couchage on s’écroulait dans un sommeil où meuler durait encore” (Editions Verdier, 1993, 11,50 €)
> Le complot contre l’Amérique, de Philip Roth. Une fascinante chronique familiale uchronique (sur le même principe que le maître du Haut-chateau de Philip K. Dick et Fatherland de Robert Harris, c’est à dire basé sur une anticipation à partir de faits passés, en clair : les nazis ont gagné la guerre, que s’est-il passé après). La vie dans une Amérique gagnée par les pogroms dès 1941, alors que le président Lindbergh promulgue sans coup férir des lois raciales invisibles dans un silence collectif où l’assentiment passif est assourdissant (Gallimard, 2006, 22 €, traduction Josée Kamoun)
> Sur le chemin des glaces, de Werner Herzog. En novembre 1974, le cinéaste bien connu et deja bien barré entame un road movie de vagabond, à pied, avec une boussole et des bottes. Un voyage sous les neiges de Munich à Paris, pour venir voir son amie Lotte Eisner, avec l’idée vaguement murmurée que ce périple la sauvera (P.O.L., 1988, 10,98 €).
> La défense Loujine, de Vladimir Nabokov. “Mais il n’y avait plus d’Alexandre Ivanovitch” lit on à la dernière ligne. Petite remarque pour ceux qui liront le livre concernant la précédente citation : je viens de vous bousiller un de mes effets littéraires préférés de Nabokov (avec le fameux “pentapode maudit” de Lolita), je sais, c’est pas sport. Nabokov reste pour moi une énigme : un académisme improbable, doué d’un esprit truqueur et malicieux, et qui raconte à peu près toujours la même histoire dans 80% de ses romans (un jeune homme falot et déraciné se fait souffrir à être l’objet immobile de dépendance imbécile d’une nymphe d’albâtre). Mais sur ce corpus littéraire de russe blanc empesé flotte une légereté esthétique époustouflante (Gallmiard Folio, 1991, 6,60€).
> Comment voyager avec un saumon, d’Umberto Eco. La suite des pastiches et postiches, soit un digest de chroniques parues dans l’Espresso dans les années 80. Certains textes parus avant l’ère numerique sont d’une touchante mais néanmoins désolpilante désuétude (la religion d’un logiciel ou la théorie qui affirme que le Mac est catholique contre-reformateur et le DOS protestant calviniste). Un chapitre entier est consacré à l’usage des points de suspension, ligne de faille entre l’écrivain professionnel, qui l’utilise pour indiquer que le discours pourrait continuer (”à ce sujet, il y aurait encore beaucoup à dire, mais…”) de l’écrivain du dimanche qui cherche ainsi nà se faire pardonner une figure de style qu’il juge hasardeuse (”il était furieux comme… un taureau”) (Livre de Poche, 2005, 5 €)
Note spéciale à mes amis bibliothécaires ou bilbiophiles qui ont la hardiesse de me lire : ne manquez surtout pas les recommandations de lecture à l’approche des vacances (le corpus kabbalistique, adapté aux vacances car les rouleaux originaux se logent aisément dans le sac à dos de l’étudiant parcourant l’Europe avec un billet Bige, ou bien les excellentes Patrologies de l’abbé Migne, tout en déconseillant les Pères grecs jusqu’au Concile de Florence de 1440, à cause des 161 volumes de l’édition greco-latines et les 81 de l’édition latine, alors que les 216 volumes des pères latins jusqu’à 1216 peuvent aisément suffire) et les 18 conseils pour organiser une bibliothèque publique, dont je vous livre ci-dessous le premier pour donner le ton (on trouve une version complete ici) :
1.Les catalogues seront subdivisés au maximum : on veillera à séparer le catalogue des livres de celui des revues, et ceux-ci du catalogue par matières, ainsi que les ouvrages d’acquisition récente des ouvrages d’acquisition plus ancienne. Si possible, l’orthographe de ces deux derniers catalogues sera différente ; par exemple, le mot hiérarchie prendra un H initial dans les acquisitions récentes et un I dans les acquisitions anciennes ; dans les acquisitions récentes, Tchaïkovski s’écrira avec Č, tandis que les acquisitions anciennes l’écriront à la française, avec Tch.[...]
Enfin, sur Eco, lire le chapitre consacré à Alexandrie, sa ville natale, d’un stupéfiante élégance nostalgique et méridionale, dans sa façon d’aimer cette cité des origines qui n’a jamais rien revendiqué :
“Si vous saviez comme on se sent fier en se découvrant fils d’une ville san rhétorique et sans mythe, sans mission et sans vérité”.
NB : après tous ces bons conseils, j’en profite pour déconseiller la lecture d’un ouvrage en particulier : le mode d’emploi de la caméra Sony DCR-PC9E, dont vous trouverez ici une édition PDF rare (comptez cependant une matinée pour le charger directement branché sur un backbone). Le style est ampoulé, l’auteur est empêtré dans un style illisible, et le recours à la table des matières n’est d’aucun secours. La traduction est plutôt baclée. On en ressort au final assez dépité, avec la désagréable impression que l’on a perdu son temps. Et que sa caméra est toujours en panne.